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Contre la loi Travail : pour gagner, il faut se bouger !

Un tract grand public, très basique, pour toucher les gens qui n’auraient pas encore entendu parler du projet de loi El Khomri.


La loi « travail » est une loi faite pour les patrons et le gouvernement est bien décidé à la faire passer. Pour défendre les droits des salarié-es contre cette loi, il faut se bouger et faire peur au gouvernement. Pour cela il n’y a qu’une solution : la grève et le blocage de l’économie.

Qu’est-ce que la loi « travail » ?

Avec la loi « travail », les patrons pourront :

  • augmenter le temps de travail
  • baisser les salaires
  • imposer le travail de nuit ou du dimanche
  • moins payer les heures sup’
  • licencier plus facilement les salarié-es.

Aujourd’hui, le Code du travail donne un minimum de protections à toutes et tous les salariées.

Demain, avec la loi "travail", les patrons pourront faire sauter les protections du code du travail.

Dans les entreprises où il n’y a pas de syndicat combatif pour défendre les salarié-es, les patrons pourront faire un peu ce qu’ils veulent...

C’est le monde rêvé de Valls et Macron : plus de liberté pour les patrons, moins de sécurité pour les salarié-es.


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Comment faire pour gagner ?

On doit forcer le gouvernement à retirer son projet de loi. Pour ça, il y a une chose qui fait peur au gouvernement : le blocage de l’économie.

Le gouvernement et beaucoup d’autres ne pensent qu’aux élections de 2017. Mais c’est maintenant qu’il faut agir.

Pour gagner, il faut réussir à bloquer l’économie. On peut le faire car c’est nous qui la faisons tourner :

  1. La préparation : Discuter avec nos collègues, nos ami-es, notre famille pour montrer à quel point cette loi est dangereuse pour les salarié-es.
  2. L’organisation collective : Participer aux assemblées générales dans nos entreprises ou dans nos quartiers pour se lancer dans l’action.
  3. L’action : Faire grève pour stopper la production et les services. Pousser pour reconduire la grève, occuper son lieu de travail et bloquer l’économie.

C’est par la lutte et par la grève qu’on remporte des victoires. C’est par la lutte et par la grève qu’on peut gagner.

On n’est pas obligé-es d’accepter la loi des patrons. On produit déjà assez de richesses, il suffit de les partager.

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A Paris, le 31 mars 2016
Photos : Daniel Maunoury

 

Le projet El Khomri ne va pas créer d’emploi, il va aggraver le chômage



 

Alors qu’elle aurait dû sonner le tocsin, l’intersyndicale du 23 février a accouché d’une souris. Un texte creux, mollasson, capitulard, là où il aurait fallu dévoiler le mensonge fondamental du projet El Khomri. Une date de mobilisation, le 31 mars, commence néanmoins à se profiler du côté des organisations syndicales les plus combatives.

Si elle voit le jour, cette loi ne va ni « relancer la croissance », ni « créer de l’emploi », ni « permettre aux patrons d’embaucher » : elle va au contraire aggraver le chômage. Voici pourquoi.

Quand le gouvernement dit que cette réforme va créer de l’emploi, il ment. Dans un pays où qui comptait, en janvier, près de 5,8 millions de chômeurs et précaires [1], pousser à l’allongement de la durée du travail est criminel. Plutôt que d’embaucher, le patronat fera trimer davantage celles et ceux qui ont un boulot, en payant les heures sup beaucoup moins cher grâce à la loi El Khomri.

Quand le gouvernement dit que cette réforme est vitale pour le patronat, il ment. Les capitalistes français se portent très bien : en 2015, les entreprises françaises ont distribué 47 milliards d’euros à leurs actionnaires [2] (contre 33 milliards en 2011, 36 milliards en 2012, 38 milliards en 2013 et 56 milliards en 2014, année record). Ils ont par ailleurs pu encaisser 23,5 milliards de crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) depuis la création par Hollande de ce détournement légal d’argent public [3] Sans évidemment créer d’emploi.

Quand le gouvernement dit que cette réforme va relancer "la croissance", il ment. La croissance infinie est impossible — et c’est tant mieux d’un point de vue écologique. Dans des pays suréquipés comme la France, elle n’a plus de sens. Les gouvernements cherchent à la créer artificiellement à coups de grands projets inutiles comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Pourtant, il faut continuer à entretenir le mythe de "la croissance", car si la population s’en lassait, elle pourrait réclamer, tout simplement... la redistribution des richesses réellement existantes.

Quand le gouvernement dit qu’il va "assouplir" le droit du travail, il ment. Le Code du travail, c’est l’ensemble des lois et règlements qui encadrent l’exploitation salariale. Les limites qu’il fixe sont le résultat des luttes ouvrières, et reflètent le rapport de forces entre le patronat et le salariat. Nulle question de "souplesse" ici. Le modifier, c’est nécessairement faire pencher la balance, au bénéfice de l’un et aux dépens de l’autre.

Or, grâce à cette loi taillée sur mesure,

  • la journée de travail pourra ponctuellement grimper à douze heures (au lieu de dix), et la semaine de travail à soixante heures (au lieu de quarante-huit) ;
  • les salariés pourront, si un accord d’entreprise le prévoit, travailler jusqu’à quarante-six heures par semaine pendant seize semaines ;
  • le temps minimal de repos quotidien pourra être réduit ;
  • les patrons pourront signer, avec les syndicats jaunes qui s’y prêteront, des accords d’entreprises réduisant les salaires ou augmentant le temps de travail – ce qui, pour l’instant, n’était autorisé qu’aux entreprises « en difficulté » ;
  • les indemnités perçues pour un licenciement abusif seront plafonnées,
  • les entreprises pourront licencier même si elles font des bénéfices (elles devront juste prouver une baisse du chiffre d’affaires sur deux trimestres consécutifs) ;
  • les heures supplémentaires pourront être bien moins payées (10%, au lieu de 25% minimum actuellement) ;
  • les accords d’entreprise signés par des syndicats ne pesant qu’entre 30% et 49 % des voix pourront tout de même être soumis à un référendum des salarié.e.s ; cela offrirait une seconde chance aux patrons pour faire passer certaines mesures régressives, comme le travail du dimanche.

Faire monter l’envie d’en découdre

Ce projet de loi scandaleux, qui couronnerait une longue série de régressions sociales, doit être combattu pied à pied.

Ne nous laissons pas intimider par le climat policier entretenu par ce gouvernement autoritaire qui, en brandissant la menace djihadiste, veut museler la contestation sociale.

La bataille des idées a commencé, à coups de pétitions, d’enquêtes et de tribunes dans la presse. Mais cela ne sera pas suffisant pour faire plier le gouvernement PS-Medef. La seule réponse à la hauteur de cette nouvelle attaque, c’est la grève dans l’ensemble des secteurs professionnels.

Il faut faire passer ce message avant le nouveau rendez-vous de l’intersyndicale, le 3 mars. Qu’elle ne puisse pas ignorer la sourde colère qui monte.

Les capitalistes veulent nous faire bosser toujours plus ? Rappelons-leur que c’est nous qui produisons la richesse, que c’est nous qui les faisons vivre, et que demain, c’est nous qui nous passerons d’eux.

Alternative libertaire, le 24 février 2016

Photo : rassemblement de soutien aux ouvriers de Goodyear, le 4 février 2016, place de la Nation, à Paris. cc Photothèque Rouge/JMB

 

 

 

 


 

Contre le projet El Khomri : de la pétition à l’action



 

Est-ce enfin la goutte d’eau ? Est-ce enfin l’étincelle ? Est-ce la vilenie de trop, de la part de ce gouvernement PS-Medef ? Le projet de loi El Khomri a déclenché un énorme buzz de colère sur les réseaux sociaux. Mais cette colère ne doit pas rester virtuelle.

Le projet de loi El Khomri constitue une nouvelle attaque du gouvernement et du patronat contre les travailleurs et les travailleuses. Sous prétexte de simplifier un Code du travail présenté comme trop compliqué, ce projet de loi introduit en fait une multitude d’exceptions, d’exemptions et de dérogations pour détricoter ce code qui protège un minimum les salarié.e.s.

Le patronat réclame, le gouvernement exécute.

Face à cette attaque d’ampleur, la riposte s’organise à travers plusieurs réponses unitaires.

Ces initiatives ne sont qu’un premier pas dans la construction de la riposte nécessaire. Si une pétition permet de se compter, de poser un premier jalon, d’engager des discussions qui sont l’occasion de convaincre surtout quand elle signée sur papier, personne ne pense que cela est suffisant pour gagner contre un projet de loi.

Pour cela, il faudra construire la grève.

Une intersyndicale large (additionnée d’un syndicat étudiant et de deux syndicats lycéens) se réunit aujourd’hui et une intersyndicale spécifique à la Fonction publique se réunit demain. On ne peut imaginer qu’elles ne se concluent pas par un appel à l’action.

Mais pour gagner, il faudra s’en saisir localement sur nos lieux de travail, dans nos villes pour construire les conditions d’une grève reconductible, organiser des actions, parvenir à dépasser la seule manifestation de masse pour s’engager dans le blocage de l’économie.

Aurélien (AL Paris-Sud)

Photo : cc Chris93/Wikimedia Commons

 

 

 


 

Police : des fiches de profilage ethnique dans les formations



 

Samedi 2 janvier paraissait sur Mediapart un article sur la formation policière publiant des fiches destinées aux policiers stagiaires en formation. Un condensé de racisme d’État décomplexé qui essentialise des populations et explique bien des choses sur les comportements des forces de répression dans les quartiers populaires.

Depuis des dizaines d’années que les contrôles au faciès sont dénoncés, les statistiques montrent qu’ils ne diminuent pas. Simple bon sens, diront certains notamment au sein de la police, la majorité des délinquants étant issus des minorités d’origine africaine, il est normal de les contrôler plus assidûment. Une population est donc ciblée comme délinquante en puissance, là est la racialisation : un ensemble d’individus est socialement constitué comme race, ce qui a pour principal effet de les criminaliser.

Voyons ce processus à l’œuvre au sein de la formation policière quand elle aborde le problème des « Normes socioculturelles des principales communautés étrangères vivant en France », titre d’une des fiches publiée par Mediapart. La journaliste du site d’information note un « objectif louable » malgré une approche « culturaliste » et quelques « stéréotypes non évités ». Voyons ce qu’il en est.


L’article de Mediapart : « Les écoles de police tournent à plein régime » (2 janvier 2016)


« eux » et « nous »

La troisième partie de cette fiche explique par exemple comment « intégrer les normes sociales et culturelles des populations originaires du Maghreb ». Premier principe de compréhension de ces normes : « La vie quotidienne des musulmans est rythmée par les préceptes issus de la religion, ce qui est difficile à comprendre pour nous qui avons élaboré des normes de droit dont nous affirmons qu’elles sont représentatives et fondatrices d’une république laïque et démocratique. » Le ton est donné : il y a « eux » et « nous ».

Les musulmans et musulmanes aux croyances religieuses qui les enferment dans leur particularisme, et « nous », aux valeurs républicaines universelles. L’idée de choc des civilisations sous-jacente à la fiche est clairement énoncée. Mais le ou les auteurs de la fiche, grands seigneurs, rappellent tout de même qu’au « début de l’ère chrétienne » également notre vie était religieuse. On aurait pu tout aussi bien dire que « nous aussi étions cannibales avant le néolithique »… Tendance faussement respectueuse mais vraiment raciste à vouloir mettre l’Europe en haut de l’échelle de l’histoire, prétextant la mettre au même niveau que les autres en leur accordant une place sur la même échelle.

L’islam est alors décrite comme une « religion récente » : infantilisation de l’indigène musulman qui rappelle les anciennes circulaires administratives coloniales. Très vite, on note d’ailleurs que la laïcité est un processus ancien dans l’histoire européenne. Passons sur le fait que la fiche évoque Louis XIV – celui qui a révoqué l’édit de Nantes, promulgué par Henri IV, qui était alors un premier pas vers la tolérance du culte protestant – comme ayant « initié un premier effort de codification juridique laïcisé » : lorsqu’on on est si haut sur l’échelle de l’histoire, regarder vers le bas donne le vertige. On pardonnera donc cette bévue historique à nos alpinistes en herbe.

On continue avec une présentation de l’histoire de l’islam et de sa pratique qui va se concentrer sur l’attitude des « musulmans » envers les femmes, qui va cristalliser une bonne partie de la fiche, allant jusqu’à affirmer que « par essence, par principe, la femme est en situation d’infériorité dans la société musulmane par rapport à l’homme, ce qui n’est pas sans poser problème dans nos sociétés tendant à l’égalitarisme ». Le terme est posé, on parle d’essence, c’est-à-dire de ce qui constitue en propre et de manière éternelle et immuable une catégorie.

L’islam serait par essence sexiste patriarcale, tandis que « nos sociétés » – entendez « nous les Blancs » – seraient égalitaristes. Est-il besoin de rappeler la structure patriarcale de nos sociétés à « nous » les Blancs ? Il est étonnant de voir à quel point un mouvement révolutionnaire et émancipateur (le féminisme) peut être détourné et récupéré comme instrument d’une domination.

On apprend ensuite par exemple que « le mariage (musulman) est rarement consenti par la jeune fille » : nul besoin de source ou de vérification par les faits, le but étant de différencier une culture universaliste et égalitaire d’une culture barbare et oppressive.

Style de circulaire coloniale

Continuons : « Par essence, tout musulman se sait membre d’une grande famille. »

Entendez par là qu’ils sont solidaires entre « eux ». L’idée d’une solidarité familiale à toute épreuve entre les membres d’une communauté dont on cherche à montrer en quoi elle est étrangère et incompatible avec la nation a un ­arrière-goût historique fascisant qui a du mal à passer : une méfiance qui existait déjà dans l’antisémitisme d’un Charles Maurras depuis l’affaire Dreyfus. Le problème est justement que ce type de fiche « passe », c’est-à-dire puisse être diffusée dans des centres de formation policière sans obstacle, sans objection de conscience, sans même la prise de conscience du racisme de son contenu (ou bien la société civile est-elle tellement atteinte par le racisme d’État qu’elle y adhère de son plein gré ?).

L’opposition entre deux civilisations est même l’occasion du rapprochement le plus abject entre la circoncision (ablation du prépuce, sans conséquence sur le développement génital et la sexualité, parfois pratiquée pour raisons médicales) et l’excision (ablation du clitoris, dont les conséquences sur le développement génital et la sexualité ont à peine besoin d’être formulées) : « D’une manière générale, on peut considérer que la circoncision et l’excision sont des actes qui n’ont de sens que parce que l’on marque pour démarquer ; le raisonnement est à l’opposé de celui des civilisations occidentales qui tendent vers l’égalitarisme des sexes (on nivelle les différences). Il s’agit de clairement marquer la différence homme-femme. » Comme si la différence sexuelle et le patriarcat qui en découle n’étaient pas également structurels dans « notre » société…

Enfin, le point culminant de la racialisation arrive, la criminalisation : « Le rapport à la loi et à ses représentants était une notion forte chez les immigrés de la première génération, malgré leur difficulté à comprendre que la loi républicaine n’est pas celle du Coran. La situation a bien changé et l’on sait ce qu’il en est aujourd’hui du comportement des jeunes communautaires dans les quartiers difficiles, notamment celui des garçons vis-à-vis des membres féminins du corps enseignant. Nous n’insisterons pas dans ce domaine car il s’agit là d’un problème clairement identifié. »

Nul besoin d’insister sur ce domaine, il est bien connu que les musulmans sont des délinquants, que contrairement à leurs parents ils ne respectent même pas la morale coranique, et qu’ils maltraitent les enseignantes. D’un style de circulaire administrative coloniale on est passé au style des criminologues du XIXe siècle, qui pensent trouver dans les critères biologiques de la race la source de la délinquance. Les critères de la race ne sont plus biologiques, ils sont culturels, mais ils fonctionnent de la même manière, produisant un ensemble d’individus racisés et criminalisés.

Les races sont bien constituées, et la fiche prend soin de distinguer les « Arabes » des « populations originaires d’Afrique subsaharienne ». Si l’Arabe est violent, le Noir est stupide et archaïque, voilà l’ignominie professée à mots à peine couverts à travers l’histoire d’un « maçon sénégalais » : « Ayant été rapidement payé pour ses travaux, lui, le vieux chef de famille musulman, avait remis à notre compatriote une petite corne d’animal contenant une sourate du Coran et rebouchée à l’aide d’un… chewing-gum ; il lui avait recommandé d’enterrer cet objet dans le jardin devant sa maison et lui avait indiqué que cela aurait pour effet de le faire rester éternellement dans cette maison. »

L’anecdote a peut-être pour but de faire rire, mais d’un rire de supériorité, au pire comme on rit plein de mépris et d’un air moqueur de celle ou celui qui nous paraît inférieur, au mieux (ça n’a rien de mieux en réalité) comme on rit de manière condescendante d’un enfant et de ses facéties. Si l’archaïsme d’une croyance se mesure par son absence totale de concordance avec les faits, alors croire qu’enterrer un chewing-gum rend éternel n’est pas plus archaïque que de croire que la répression policière empêche ce qu’elle est censée réprimer.

Production de la race

La suite a de quoi faire « naître en soi des lames de couteau » selon l’expression de Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs. Car les Noirs ne sont pas seulement assujettis à des croyances archaïques, ils parlent, et ils parlent fort : « Pour ce qui est des rapports sociaux, les Africains attachent beaucoup d’importance au débat et à la parole ; ils prennent le temps de discuter, les échanges sont bruyants et démonstratifs. Une certaine forme de fatalisme teinte leur vision des choses, qui est largement imprégnée de croyances diverses et de superstition. Au-delà d’une certaine insouciance apparente, ils font souvent preuve de la fierté et de la susceptibilité des gens qui se recommandent de l’islam. »

En plus d’être bruyants, ils ont en commun avec les « Arabes » d’être susceptibles, et d’être délinquants : « C’est dans les milieux des jeunes “Blacks” de banlieue que les problèmes sont actuellement les plus cruciaux, les garçons adhérant volontiers à la sous-culture des rues issue du mouvement hip-hop américain et aux valeurs de mensonge et de violence qui y sont inhérentes. » La « sous-culture des rues » représentée par des « Blacks » s’oppose à la sur-culture des Blancs. Il aurait fallu ajouter qu’au « mensonge et à la violence » des Noirs on devrait opposer l’amour et la fraternité des Blancs.

Amour et fraternité qui passeront par les coups de matraque des néopoliciers qui auront à cœur d’imiter leurs aînés dans leur violence ciblée. Bien formés, ils sauront sur qui frapper. Et bien que les musulmans et les musulmanes soient les principales cibles de cette racialisation, les « populations du Sud-Est asiatique », que la fiche nomme ensuite plus commodément les « Chinois » sont également criminalisés : « On les ­retrouve dans bon nombre d’activités clandestines de confection textile ou de trafic de stupéfiants. »

On peut maintenant s’étonner de l’indulgence de l’auteure de l’article (qui a le mérite d’avoir publié cette fiche) qui n’y voit que des « stéréotypes ». Ce sont bien plus que des stéréotypes, c’est-à-dire des descriptions grossières de la réalité. Il ne s’agit nullement dans cette fiche de décrire une réalité, mais bien de la produire. Les races n’ont pas disparu. Non pas qu’elles aient de tout temps existé dans nos gènes, mais elles sont le produit d’une racialisation politique, avec pour conséquence une criminalisation.

L’État y trouve son compte, un bouc émissaire sert à consolider la nation réunie autour d’un ennemi commun, une main-d’œuvre bon marché sert à faire le sale boulot (sans papiers c’est encore mieux, il n’y a même pas besoin de passer par la case destruction du code du travail, qui ne s’y applique pas), la domination de classe est renforcée d’une domination de race, la dénonciation raciste du ­sexisme et du patriarcat des racisé-e-s sert à masquer la domination de genre de l’État bourgeois, sexiste et raciste, la criminalisation d’une race légitime l’existence d’une police servant à réprimer toute velléité émancipatrice, qu’elle soit de classe, de genre ou de sexe.

Peur de la dénaturation

Enfin, finissons par le plus abject, le souhait à peine voilé de voir disparaître ces races, responsables d’une surpopulation : « Enfin ce qu’il ne faut surtout pas oublier c’est que le retour au pays n’est qu’un mythe et qu’il nous faudra composer avec toutes ces populations qui ne rentreront ni en Afrique ni ailleurs car le pays d’accueil est devenu celui des enfants et la “première génération” s’est accommodée des inconvénients liés à une intégration difficile car les avantages sont autant de motifs de non-retour. Signalons en dernier lieu le fait que la courbe démographique de notre pays est positive exclusivement en raison du taux de fécondité des femmes d’origines maghrébine et africaine. Il faut cependant indiquer que ce taux était de 8 pour la femme maghrébine il y a vingt ans ; il est descendu à 4 de nos jours ; on peut penser qu’il en sera de même pour les populations originaires d’Afrique subsaharienne dans les années à venir. »

Il est bien précisé que « leur retour au pays n’est qu’un mythe ». Cela exprime bien la contradiction de toute procédure de racialisation d’État : elle tend à désirer la disparition de ce qu’elle a elle-même constitué, mais l’État a besoin de ces races pour se maintenir comme État répressif. C’est pourquoi ce retour, bien que d’une part souhaité, est irréalisable.

On tombe à la fin dans la plus profonde abjection lorsque la fécondité des femmes « maghrébines » et « africaines » est évoquée. On ne sait pas par quel bout le prendre. D’une part, et l’auteure de Mediapart le précise bien, les chiffres sont entièrement inventés, et il n’y a pas de différence significative entre « leur » fécondité et la « nôtre ». Mais d’autre part cette évocation est lourde de signification : la peur de la dénaturation d’une nation par le péril démographique rappelle certains slogans nazis.

Avec une telle formation on ne s’étonnera pas des contrôles au faciès et des « bavures » policières sur les racisé.e.s. Mais avec une telle racialisation, on ne s’étonnera alors pas non plus des effets qu’elle produit, l’intégrisme étant un de ces multiples effets, une fois dit que donner des explications de l’intégrisme n’implique pas de déresponsabiliser les individus qui font ce choix. Une chose est de juger la responsabilité individuelle, une autre est de rechercher les conditions sociales favorisant un type de pratique.

Bernard Goujon (AL Toulouse)

 

 

 

 


 

Kurdistan : Cizre ville martyre, Erdogan assassin

 

 


 

Déchéance de nationalité et racisme d’état d’urgence

 

Revendication phare du FN, reprise sans complexe par Hollande et Valls, la déchéance de la nationalité est au cœur des débats politiques et médiatiques. Mais, en souhaitant appliquer cette idée inepte et inefficace, le gouvernement veut détourner l’attention pour, par ailleurs, appliquer des mesures bien plus concrètes.

Pour éviter, sans doute, d’être taxé de raciste et d’appliquer le programme du FN, Hollande et son gouvernement ont envisagé à un moment d’étendre la déchéance de la nationalité à toutes et tous les Français, faisant fi des accords internationaux interdisant de « créer » des apatrides.

Il est clair qu’en élargissant cette déchéance de la nationalité à toutes et tous les « Français » on aurait pu se demander ce qu’il pouvait advenir des militants et militantes basques poursuivi-e-s avec acharnement par la justice de l’État français et de l’État espagnol, aux sympathisants et sympathisantes du PKK, aux militants et militantes de Tarnac accusé-e-s de terrorisme et plus largement aux révolutionnaires en proie à une répression policière particulièrement violente depuis l’instauration de l’état d’urgence.

Mais, rapidement, le gouvernement est revenu sur ses propositions et a décidé de limiter aux binationaux la déchéance de la nationalité après condamnation pour des actes terroristes. Cette mesure crée, de fait, différentes catégories dans la citoyenneté française. Les bons Français et Françaises, nés de parents français, et les mauvais Français et Françaises né-e-s de parents étrangers et ayant fait le choix de conserver une double nationalité.

En ciblant cette partie de la population, le gouvernement s’est clairement attaqué à une partie de cette dernière. Jamais les cas de Franco-Allemands, de Franco-Anglais n’ont été évoqués dans les médias, mais bien ceux de Franco-Algériens, Franco-Marocains, etc. Les populations issues de l’immigration nord-africaine sont une nouvelle fois les premières cibles du pouvoir. Et pour les fils et filles d’immigré-e-s ayant la seule nationalité française, le racisme d’État monte encore d’un cran et va légitimer d’autant plus les contrôles au faciès, les violences policières et les discriminations.

Détourner l’attention

Dans les milieux judiciaires, politiques et médiatiques, tout le monde semble s’accorder sur le fait que ces mesures ne seront d’aucune efficacité pour empêcher de nouveaux attentats. Une partie de la gauche du PS, du PCF ou du Front de gauche crie sa colère contre cette mesure. Mais elle est définitivement muette sur le reste des mesures prises depuis les attentats de novembre, et va même jusqu’à les approuver comme lors du vote sur l’état d’urgence à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Pendant que la déchéance de la nationalité est au cœur de toutes les polémiques, le gouvernement en profite pour continuer à durcir sa politique sécuritaire et guerrière. La prolongation de l’état d’urgence, en premier lieu, qui devrait être votée au courant du mois de février. Mais afin de ne pas étendre indéfiniment cet état d’urgence, le gouvernement souhaite accroître les droits pour la police et les préfectures : perquisitions et assignations à résidence « préventives », assouplissement des règles d’engagement armé des policiers, etc. De quoi s’accoutumer à des pratiques d’exception qui deviendront rapidement communes.

Les premières mobilisations contre l’état d’urgence et les mesures sécuritaires qui en découlent doivent s’amplifier, sur tout le territoire, de manière unitaire et la plus large possible. Le gouvernement s’attaque à nos libertés et à nos droits, rendons lui coup pour coup.

Jon (AL Angers)

— photo de l’article : cc thierry ehrmann

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prise de vue du cortège AL-CGA-CNT à Lyon, le 6 février.
le 30 janvier comme la semaine suivante, des dizaines de manifestations ont été organisées dans tout le pays. le nombre de manifestant.e.s à bien entendu été minoré par la police et la presse dominante.

Iran : Hassan Rohani, ami du business, ennemi de la liberté

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L’heure de la « détente » est venue. A la faveur d’un accord sur le contrôle de son programme nucléaire, à la faveur aussi de l’« union sacrée »contre Daech, la République islamique d’Iran, longtemps tenue pour ennemie, est rentrée dans les bonnes grâces de l’Occident.

Le président iranien, Hassan Rohani, est aussitôt venu à Paris faire ses courses. Le gouvernement français et les businessmen ne s’effarouchent pas du sang qui coule des mains des tyrans. Quinze milliards d’euros de contrats ont déjà été formalisés pour la plus grande joie des actionnaires de Total, de Vinci, etc. Il ne reste plus qu’à boucler celui avec Airbus, qui portera sur près de 23 milliards d’euros...

Quant à la SNCF, son président, Guillaume Pepy, est fier d’annoncer que celle-ci va « apporter son soutien au projet de restructuration des chemins de fer iraniens ». Il annonce également avec fierté « le jumelage de gares françaises et iraniennes » [1]. Cheminot-es et usagers de la SNCF pourront-ils suivre en direct les pendaisons et les tortures ?

Rappelons que la théocratie iranienne, c’est plus de 10 pendaisons chaque semaine, dans un pays qui refuse de reconnaître les syndicats ouvriers, emprisonne et torture ses opposants, et réprime la gauche kurde [2] sur son sol de façon aussi impitoyable que le président turc Erdogan.

Acteur impérialiste au Moyen-Orient

Rappelons que l’Iran c’est aussi, comme la Russie, l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, une des puissances impérialistes qui interviennent le plus directement dans la guerre civile syrienne, avec des forces armées sur le terrain.

C’est notamment parce que Téhéran soutient à bout de bras le despote de Damas que la révolution populaire de 2011 a échoué à le faire chuter. Puis que, à la faveur des multiples interventions étrangères, elle a dégénéré en guerre civile, guerre de factions qui n’a hélas plus rien de révolutionnaire – hormis au Rojava.

Alternative libertaire soutient les organisations de la gauche iranienne en exil qui ont organisé, avec plusieurs syndicats français, des protestations lors de la visite à Paris du président iranien.

A lire, les informations qu’elles diffusent sur la réalité du régime iranien : www.iran-echo.com https://soliranparis.wordpress.com/

Alternative libertaire, le 30 janvier 2016

 


 

Affiche 30012016 contre l e tat d urgence 4

 


 

Le 9 janvier 1905, Louise MICHEL décède à Marseille au soir d'une dernière conférence, elle avait 74 ans.

Figure emblématique de la commune et de l'anarchisme français, elle fut à la fois enseignante, écrivaine, poète, militante et propagandiste infatigable.

Fille naturelle d'une servante, elle naît le 29 mai 1830 au château de Vroncourt (Haute-Marne). Elevée au château, elle y reçoit une bonne éducation qui lui permettra de poursuivre des études pour devenir institutrice. Mais, déjà rebelle, elle refuse de prêter serment à l'Empire et préfère ouvrir une école libre à Audeloncourt (en 1853) puis à Millières (en 1855). Elle arrive ensuite à Paris où, poursuivant son oeuvre éducative, elle prend part dès 1869 aux réunions politiques ; elle y rencontrera Jules Vallès, Eugène Varlin et surtout Théophile Ferré avec qui elle se lie. Elle collabore aux journaux d'opposition et écrit de la poésie. Le 12 janvier 1870, habillée en homme et armée d'un poignard, elle est parmi la foule qui assiste aux funérailles du journaliste Victor Noir, assassiné. Après la chute de l'Empire, elle devient Présidente d'un Comité républicain de vigilance des citoyennes du 18ème arr. et dirige une école. Le 22 janvier 1871, en habit de garde national, elle participe à la fusillade de l'Hôtel de Ville contre le gouvernement accusé de lâcheté. Dès le 18 mars, elle prend une part active à la Commune de Paris où, toujours préoccupée d'enseignement elle se dépense sans compter, à la fois propagandiste au Club de la Révolution et collaboratrice de "Le Cri du Peuple" de Jules Vallès, prenant part aux combats et secourant les blessés. Durant la Semaine sanglante, elle tire ses dernières cartouches sur la barricade de la Chaussée Clignancourt et parvient à échapper aux Versaillais, mais elle se livrera pour faire libérer sa mère retenue en otage.
Le 16 décembre 1871, elle est condamnée par le 6e conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée. Le 29 aout 1873 après 20 mois de prison elle est embarquée sur "La Virginie" en direction de La Nouvelle Calédonie où elle accoste quatre mois plus tard au bagne sur la presqu'île Ducos (c'est durant ce trajet qu'elle se déclare anarchiste). Elle s'intéresse alors aux Canaques à qui elle va dispenser des cours, et prendra ensuite la défense des tribus canaques lors de leurs révoltes contre le colonialisme.

Amnistiée en juillet 1880 avec les autres communards (après avoir refusé des mesures de grâce individuelle), elle arrive le 9 novembre 1880 à Paris où elle est accueillie triomphalement par les ouvriers parisiens. Elle reprend aussitôt son action militante et assiste en juillet 1881 au Congrès anarchiste international à Londres. Le 8 janvier 1882, elle est inculpée d'outrage à agent et condamnée à quinze jours de prison, suite à la manifestation marquant le 1er anniversaire de la mort de Blanqui. Le 9 mars 1883, arborant un jupon noir comme drapeau, elle est en tête d'une manifestation des sans-travail, au cours de laquelle deux boulangeries sont pillées.
Recherchée puis arrêtée, elle est condamnée le 22 juin 1883 à six ans de prison pour "incitation au pillage". Libérée en janvier 1886 elle devient rapidement la figure de proue des anarchistes donnant d'innombrables conférences à travers la France et à l'étranger. Le 3 juin 1886 lors d'un meeting de solidarité avec les grévistes de Decazeville, elle est condamnée à quatre mois de prison pour insultes envers le gouvernement (mais bénéficiera d'une remise de peine). Elle mène alors une intense propagande en faveur de la grève générale. Le 22 janvier 1888, lors d'une conférence au Havre, un individu tire 2 coups de revolver sur elle. Blessée d'une balle à la tête, elle fera pourtant tout pour obtenir la grâce de son agresseur.
A nouveau inquiétée suites aux émeutes du 1er mai 1890 à St-Etienne et à Vienne, elle s'exile alors en Angleterre. Elle y retrouve le communard Rochefort et se lie avec les nombreux anarchistes exilés dont Kropotkine. Elle ouvre une école libertaire pour les enfants de réfugiés, qu'elle est contrainte de fermer quelques semaines plus tard suite à une provocation policière. En 1895, elle se rend à Paris puis accompagne Sébastien Faure dans une tournée de conférences et fonde avec lui "Le libertaire".

Après de nombreux allers-retours entre Londres et Paris (avec la police aux trousses), elle rentre en France en 1904 et va poursuivre avec Ernest Girault une tournée de conférences qui l'amènera jusqu'en Algérie.
De retour à Marseille, très affaiblie et atteinte d'une congestion pulmonaire, elle décède calmement a l'issue d'un meeting dans une chambre d’hôtel le 9 janvier 1905.
Elle laisse pour oeuvre une vie entière consacrée à la révolution, au féminisme, aux luttes ouvrières, au combat contre le colonialisme et jusqu'aux droits des animaux.

Le 11 janvier à Marseille c'est une foule immense qui se dresse devant l’hôtel, le Boulevard Dugommier devient noir de monde et la circulation des tramways est interrompue. Le cortège funéraire s’ouvre par le drapeau de la Bourse du Travail et de l’Union des Chambres syndicales ouvrières.
Le 22 janvier 1905, ses funérailles entre Paris et le cimetière de Levallois-Perret seront suivies par un cortège de 120 000 personnes !

(Photo : Louise Michel en costume de fédérés pendant la Commune de Paris)

 
Photo de Alternative Libertaire Marseille.


 

Paris, 29 novembre : un autre récit des événement

C’est l’envers du décor de la Cop21. Les images de la répression de la place de la République, le 29 novembre à Paris, ont fait le tour du monde. Après l’indignation initiale contre les « casseurs », le vent a tourné, les preuves sont tombées, et une partie de l’opinion a bien compris de quel côté était la violence. Il était temps qu’Alternative libertaire publie un récit collectif des événements. Le voici.

La matinée avait débuté, place de la République, par des distributions de tracts, des chants et des discussions pour dénoncer la mascarade de la Cop 21. Plusieurs milliers de personnes convergeaient vers cette place dans une ambiance festive, bigarrée mais déterminée : écologistes, politiques, associatifs, syndicalistes.... Malgré l’interdiction, nous étions des centaines, bientôt des milliers à reprendre la parole dans la rue.

Ici des clowns, là des associations écolos, une foule de curieux et, au milieu de tout cela, un meeting de rue improvisé sous les drapeaux rouge et noir, qui a commencé à agréger quelques centaines de personnes.

Intrigués, des journalistes venus du monde entier, sont venus recueillir notre parole : un reporter de Là-bas si j’y suis, une télévision indienne, une radio espagnole, une web-TV marseillaise... Le Washington Post a probablement découvert les mots « socialisation » et « autogestion ».

Vers 13h30, alors que l’afflux se poursuivait sur la place de la République, on a senti que l’ambiance se réchauffait. De bouche en bouche, un slogan commençait à être repris en chœur : « Si on ne marche pas, ça ne marchera pas ». Il fallait défiler, à l’instar de ce qu’il s’est passé dans de nombreuses villes du monde.

Entre-temps la police avait commencé à boucler tous les accès à la place.

Une manifestation d’un millier de personnes environ a donc entamé un tour de la place de la République, puis un deuxième tour, tandis que les CRS se mettaient en tenue de combat.

Reportage photo : Benjamin/AL Paris nord-est

Tentative d’échappée

Avenue de la République, un passage semblait ouvert pour laisser passer le cortège. Celui-ci s’est engagé dans l’avenue de manière massive, résolue mais non agressive. Les slogans fusaient : contre l’état d’urgence, contre le saccage des libertés publiques. Mais au bout de 50 mètres : blocage. Des hordes de CRS, des camions blindés qui se garent en travers de la route. Les coups de matraque et de bombes lacrymogènes refoulent les plus téméraires.

Moment intense où, sur l’avenue, le cri « Liberté ! » jaillit à l’unisson de centaines de poitrines. Plus que jamais l’interdiction de manifester apparaît pour ce qu’elle est : une esbroufe ; une iniquité ; un scandale.

Ne pouvant avancer, on revient progressivement sur ses pas. Retour à la case départ : place de la République, dont les issues sont verrouillées par la police, dont les bouches de métro sont bientôt condamnées. Plus d’issue.

La foule reprend sa marche autour de la place. Au deux tiers du parcours, des heurts éclatent, la police distribue les grenades lacrymogènes, assourdissantes, les coups de tonfa. Les militantes et les militants des différentes organisations politiques tentent de maintenir un cortège uni et de limiter les mouvements de panique.

Mais le fait est là : la foule est prise au piège. L’immense majorité ignore la signification des fusées rouges qui montent dans le ciel — l’ordre de dispersion intimé par les forces de l’ordre. Une dispersion de toute façon impossible, toutes les issues étant bouclées.

Le mémorial saccagé à coups de bottes

Un homme est blessé par des éclats de grenades, un autre manque de s’évanouir du fait des gaz. Bien vite, la présence de policiers déguisés en manifestants est signalée. Dans ce moment d’extrême confusion, alors que la place est noyée par les gaz, des gens ont répliqué en jetant vers la police ce qui leur passait par la main, y compris des bougies du mémorial.

En réalité, le saccage est surtout dû à la police, et les images de robocops piétinant fleurs et bougies pour disperser un sit-in pacifique ont rapidement fait le tour du net.

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Taranis News

Vers 14h30, la police parvient à isoler et encercler un groupe de 300 personnes dans lequel sont présents des militantes et des militants d’AL, du NPA, de la FA, de la CGA ou de Solidaires.

Plus loin une seconde nasse emprisonne un groupe plus nombreux encore. Ce sont au total entre 800 et 1000 personnes qui vont être retenues sur la place pendant plusieurs heures. Certains venaient tout juste d’arriver. Il faut noter qu’au même moment, un rassemblement spontané à Barbès est violemment dispersé et que de nombreuses personnes y sont là aussi arrêtées.

Le but de la manœuvre ? Enregistrer les identités des personnes présentes et intimider les militant.e.s politiques et syndicaux.

La semaine précédente, la police avait déjà annoncé avoir transmis au procureur l’identité de 58 personnes suspectées d’avoir manifesté en soutien aux migrant.e.s malgré l’interdiction. Cela avait abouti à des convocations et des gardes à vue.

Pris dans la nasse

Place de la République, le refus de se plier à cette injonction liberticide est collectif.

Spontanément, des lignes se forment. On se serre les coudes, sur deux ou trois rangs, face aux pandores, sans cesser de scander : « État d’urgence, état policier, on nous enlèvera pas le droit de manifester ! » Dans le dos des policiers, une foule s’assemble et nous applaudit.

Voilà les paniers à salade qui arrivent, dont un autocar.

La pression policière augmente, l’étreinte se resserre, les manifestantes et les manifestants sont comprimés par un mur de boucliers. Le dispositif le plus commun : un robocop arc-bouté derrière son bouclier ; derrière lui un second avec un tonfa ; derrière encore, un troisième avec une gazeuse.

Sporadiquement, une ou un manifestant est saisi et arraché des bras de ses camarades, et traîné par la police vers l’arrière, souvent avec violence. Direction le panier à salade. Au total, plus de 300 personnes seront interpellées. La majeure partie seront placées en garde à vue. Les autres seront relâchées, sans doute parce que la capacité de détention dans les commissariats arrivait à saturation.

Dans les cellules : université révolutionnaire

Le gros des personnes interpellées est dirigé vers le commissariat de Paris 18e, qui dispose de vastes cellules de 20 places. Les hommes sont séparés des femmes, tout le monde est fouillé au corps, et les cellules sont prestement remplies. Pour faire face à cet afflux inhabituel, il a fallu réquisitionner des policiers qui, à leur domicile, pensaient jouir du repos dominical... raté.

Un clair-obscur sinistre, des bancs en béton... la garde à vue, ce n’est jamais très drôle. Mais quand on se retrouve aussi nombreux, entre « politiques », la solidarité rend tout cela plus que surmontable. Dès le panier à salade, ça chantait à tue-tête, tout le répertoire révolutionnaire, ça envoyait des vannes à la chaîne, ça inventait des slogans pour tourner la situation en dérision.

Au commissariat, l’atmosphère est plus contrastée. Dans une cellule, l’ambiance est plutôt studieuse –- on s’informe sur nos droits, on analyse la situation, on organise les tours de paroles pour que chacun puisse s’exprimer –- dans une autre, la chorale continue, plus rigolarde et déchaînée que jamais.

Dans la soirée, les gens sont sortis par petits groupes et répartis dans différents commissariats de la région parisienne, dans des cellules plus exiguës. On fait l’expérience de l’arbitraire et de la bureaucratie. Selon les comicos, les personnels sont corrects et s’en tiennent à leur rôle de fonctionnaire de police ; d’autres au contraire flirtent avec le sadisme et des cas d’humiliations punitives nous ont été signalés.

Après une nuit sans sommeil sur le béton froid, avec parfois une couverture pas plus épaisse qu’un drap, la grande majorité des gardés à vue seront libérés le 30 novembre, vers 15h30. Toutes et tous restent sous la menace de poursuites judiciaires.

Les pompiers pyromanes cherchent à se défausser

Leur tort ? Celui d’avoir exprimé leurs opinions dans la rue. Celui d’avoir dénoncé l’instrumentalisation de l’état d’urgence par le gouvernement. Celui d’avoir refusé l’interdiction de manifester, dénoncée à juste titre par de très nombreuses organisations associatives, syndicales et politiques.

Faut-il rappeler les nombreuses assignations à résidence ou les perquisitions pour montrer l’utilisation qui est faite de cet état d’urgence ? Faut-il rappeler que d’un côté le gouvernement empêche l’expression de rue mais que de l’autre il laisse se dérouler les matches de football, les marchés de noël et autres rassemblements mercantiles ? Les mesures de sécurité ne concerneraient-elles que les contestataires ?

Pour justifier cette répression, une intense campagne de mensonges se déverse dans les médias de la part de politiciens de tous bords.

C’est avec des trémolos dans la voix que François Hollande a condamné les « incidents » de la place de la République. Ses ministres, suivis par un ensemble de politiciens allant du Front national à Europe-Ecologie-Les Verts, ont surenchéri pour dénoncer les « débordements » et réclamer des sanctions. Rien d’étonnant puisque seulement 6 parlementaires sur 925 avaient voté contre ce qui préparait cette curie : la prolongation de trois mois de l’état d’urgence.

Ce sont donc ceux qui fricotent avec l’Arabie saoudite, le Qatar ou la Turquie, ceux qui éteignent les libertés publiques, ceux qui entraînent la population dans la guerre, qui se permettent de donner des leçons ?

Nous ne nous laisserons pas sermonner par ces pompiers pyromanes et ces menteurs. La responsabilité de ce qu’il s’est passé ce dimanche à Paris incombe aux autorités publiques et à la police.

 

« Ouvrir une brèche dans le consensus national »



 

[Audio] Face à l’unanimisme (incluant le Front de gauche) en faveur de la « guerre au terrorisme » et de l’état d’urgence, les révolutionnaires se serrent les coudes. Plus de 500 personnes ont participé au meeting « contre le terrorisme, la guerre et le racisme », mardi 24 novembre au soir, au gymnase de la Bidassoa, à Paris 20e. Une voix à contre-courant, mais qui portera davantage à mesure que les événements nous donneront raison.

Dans la foulée des attentats du 13 novembre à Paris, ce meeting initialement prévu par le NPA autour du conflit à Air France a été élargi, et s’est transformé en meeting unitaire.

L’ensemble des organisations signataires de la déclaration commune « Leurs guerres, nos morts » – et même au-delà – étaient invitées à prendre la parole. Alternative libertaire, Lutte ouvrière, l’OCML-VP et le Conseil démocratique kurde en France avaient ainsi délégué des orateurs et des oratrices. On a également pu entendre Mathieu Santel (SUD-Aérien) revenir sur les luttes à Air France – dont les "chemises déchirées" n’ont été que l’épisode le plus spectaculaire – et Baby, une immigrante éthiopienne qui a vécu six mois dans l’enfer de la "jungle" de Calais.

Des postiers du 92 en lutte étaient venus faire une collecte de soutien. Dans le contexte, il aurait également été nécessaire que des militant.e.s ciblé.e.s par la police suite à la manifestation interdite du 22 novembre soient présent.e.s, mais apparemment cela n’a pas été possible – une AG sur cette question se tenait au même moment au CICP.

Ci-dessous, des extraits significatifs de chaque intervention + l’allocution in extenso d’Alternative libertaire.

L’intégralité des discours peut être écoutée sur le site web du NPA.


ALLOCUTION D’ALTERNATIVE LIBERTAIRE

Cher-es camarades,

En préparant ce meeting unitaire contre l’escalade militaire, la surenchère sécuritaire et le déferlement raciste, nous ne pouvons que prendre acte du fait que nous sommes plus que jamais à contre-courant.

Face à nous, il y a la grande union nationale en faveur de la prolongation de l’état d’urgence, regroupant tous les sénateurs et presque tous les députés du FN jusqu’au Front de gauche.

Face à nous, il y a le flot des chaînes d’information en continu qui rendent compte de l’émotion légitime d’une population violemment frappée par des djihadistes haineux mais qui zappent complètement la réflexion sur les conséquences politiques des attentats.

Face à nous, il y a enfin les réactionnaires de tous poils qui se frottent les mains en entretenant des amalgames honteux entre migrant-es, musulman-es et terroristes. Voilà pour le côté déprimant.

Mais on ne peut bien sûr pas s’en tenir là.

Notre tâche c’est de répondre aux préoccupations de nos collègues, de nos ami-e-s, de notre famille, de toutes celles et tous ceux qui ont parfois une idée très floue de ce que veut dire « impérialisme » et qui ont une vision très partielle de tout ce qu’implique l’état d’urgence.

L’enjeu, maintenant, c’est d’ouvrir une brèche dans le consensus national qui nous est tombé dessus comme une chape de plomb.

Nous n’avons pas de solution miracle mais nous pensons qu’il faut aller dans deux directions :

Il faut tout d’abord aller sur le terrain de la bataille des idées, en creusant les questions que n’importe qui peut se poser et en tâchant d’apporter des réponses simples mais pas simplistes.

Première question brûlante : est-ce qu’il faut intervenir militairement ?

Pour y répondre, ce n’est pas nécessaire de convoquer le bréviaire anti-impérialiste, il suffit de rappeler quelques évidences :

  • une coalition internationale est intervenue en Afghanistan en 2001 : est-ce que la situation est réglée aujourd’hui ?
  • les Etats-Unis et leurs alliés les plus proches sont intervenus en Irak à partir de 2003 : est-ce que la situation est réglée aujourd’hui ?
  • une nouvelle coalition internationale veut à présent noyer la Syrie sous les bombes : est-ce que cela va régler la solution ? Il y a des raisons de douter…

D’autant que la France est bien hypocrite quand elle prétend mener une « guerre au terrorisme » mais qu’elle continue de faire des courbettes au Qatar, à l’Arabie saoudite qui financent en sous-main le djihadisme pour maintenir leur influence dans la région.

Alors qu’est-ce qu’il faut faire pour vaincre Daech sur le terrain ?

Ce qu’il faut répéter, c’est que pilonner la Syrie peut mettre un frein temporaire à la progression de l’Etat islamique mais n’apporte aucune solution à long terme.

En Syrie comme en Irak, nous devons dire que la meilleure riposte c’est de soutenir les forces progressistes qui luttent en première ligne face à Daech. Parmi ces forces progressistes, on trouve les milices du Kurdistan syrienqui non seulement ont infligé des défaites militaires à l’EI (à Kobanê, à Tall-Abyad, à Sinjar) mais qui en plus défendent une alternative politique, avec un projet de société démocratique, laïque, féministe et écologiste.

Deuxième question : comment faire pour enrayer le développement du djihadisme en France ?

La solution défendue par le gouvernement c’est la prolongation et le renforcement de l’état d’urgence avec des assignations à résidence facilitées. Parallèlement, le gouvernement n’hésite pas à puiser dans le programme de l’extrême droite pour :

  • autoriser les policiers à garder leur arme en dehors de leur temps de service ;
  • mettre en place une « présomption de légitime défense » pour la police (c’est-à-dire reconnaître sans se poser de question que la police frappe toujours pour se défendre…) ;
  • déchoir de leur nationalité les binationaux impliqués dans des affaires de terrorisme, faisant ainsi croire qu’il y a un lien direct entre les immigrés et les terroristes.

Face à tout cela, il faut rappeler que les mesures sécuritaires sont très efficaces pour réduire les libertés publiques mais qu’elles sont beaucoup moins efficaces pour résoudre le problème du terrorisme.

On connaît d’avance les boucs émissaires de ce climat sécuritaire : toutes celles et tous ceux qui ont le malheur de ne pas avoir la bonne couleur de peau, de ne pas avoir les bons papiers ou de ne pas habiter dans les bons quartiers.

La solution ce n’est donc pas le repli sur soi et l’état d’exception permanent, la solution c’est plus de solidarité et plus de justice sociale. L’enjeu c’est de soigner les causes du malaise social, pas simplement de se focaliser sur les symptômes.

Ce qui nous amène à la deuxième direction vers laquelle nous devons aller : en même temps que la bataille des idées, il faut pousser vers plus de solidarité et plus d’organisation à la base.

Les attentats ont suscité beaucoup d’émotion mais aussi beaucoup de colère et de révolte.

Pour que cette révolte ne soit pas instrumentalisée par des discours va-t-en-guerre, nous devons proposer des perspectives d’action collective et de lutte pour changer la société.

Nous devons nous coordonner pour proposer d’autres expériences collectives, pour renforcer les solidarités de quartier, le tissu associatif, les structures syndicales locales, etc.

Du côté des organisations de masse dans lesquelles nous nous retrouvons, il faut pousser de même à maintenir les grèves, maintenir les rassemblements, bref maintenir le calendrier du mouvement social en toute autonomie du pouvoir politique.

À ce titre nous pensons qu’il faut exprimer toute notre solidarité avec les 58 manifestant-e-s dont la police a transmis l’identité au parquet suite au rassemblement de solidarité avec les migrant-e-s qui s’est tenu dimanche 22 novembre.

Pendant la Cop21, nous pousserons également à ce que la contestation puisse continuer à s’exprimer. Ce ne sont pas les mesures liberticides qui étoufferont notre soif de luttes et de justice sociale.

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Photos : Guillaume/AL Montreuil
 

Septembre 1895 : Portée par le grève-généralisme, la CGT est fondée à Limoges

Beaucoup de faux-semblants, de savantes manœu­vres, y compris policières, une grande idée fédératrice – la grève générale –, un repoussoir – le guesdisme – et, finalement, un sincère désir d’unité ouvrière : c’est là toute l’histoire de la naissance de la Confédération générale du travail (CGT). Le fameux congrès fondateur de Limoges, en septembre 1895, constitue en réalité l’épilogue de tout un processus.

Tout commence neuf ans plus tôt, avec création de la Fédération nationale des syndicats (FNS). Ce premier regroupement a été voulu par le gouvernement, qui espérait y gagner une organisation ouvrière modérée et légaliste... mais rien ne s’est passé comme prévu  ! Au congrès fondateur, en octobre 1886, à Lyon, les révolutionaires ont débordé les modérés et fait tourner les débats à leur avantage. Les drapeaux tricolores ornant la salle ont été lacérés pour n’en garder que la couleur rouge, et c’est aux cris de « Vive la révolution sociale » qu’a été fondée la FNS  [1].

Cette proto-confédération syndicale est ensuite rapidement tombée sous la coupe des guesdistes – sans doute parce qu’ils étaient les mieux organisés. Leur domination sur la FNS est néanmoins restée assez superficielle. Les guesdistes, très électoralistes, ne croient guère aux vertus de l’action directe. Ils ne cherchent donc pas à impulser des idées, une dynamique, une vie propre dans cet organisme fédéral, ne voyant dans les syndicats qu’une « école primaire du socialisme », un vivier de recrutement  [2]. De fait, malgré les centaines de syndicats qui y sont affiliés, la FNS n’aura jamais qu’une existence ectoplasmique  [3].

Une idée mobilisatrice

La tutelle que le Parti ouvrier français (POF) de Jules Guesde exerce sur la FNS va cependant être mise à mal par la montée d’un phénomène nouveau dans le mouvement ouvrier de l’époque, une idée puissamment mobilisatrice : la grève générale. Pour ses défenseurs, il s’agit par excellence de la tactique moderne qui permettra au prolétariat de paralyser et renverser le capitalisme.

Or, dès le 3e congrès de la FNS, en 1888, l’idée de grève générale est mise en débat et approuvée. Indécis, les guesdistes ne s’y sont pas opposés. Ce n’est qu’après-coup qu’ils comprennent la menace que représente pour eux le grève-généralisme, en stipulant implicitement l’inutilité des parlementaires et des politiciens pour l’émancipation sociale. ­Aussi, dès le congrès suivant, en 1890, les guesdistes font adopter à la FNS une résolution contre la grève générale. Ils pensent avoir jugulé le péril. Il n’en est rien.

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La Grève générale
Détail d’une illustration pour la chanson de Debock, La Grève générale (1901), sur l’air de L’Internationale  : « Ce n’est pas à coups de mitraille / Que le Capital tu vaincras. / Non, car pour gagner la bataille, / Tu n’auras qu’à croiser les bras ! »

Un même public, deux directions

À partir de 1892, une nouvelle organisation va leur causer bien du souci : la Fédération nationale des bourses du travail (FNBT). Depuis 1887, les bourses du travail se sont multipliées en France. Créées avec l’aval du patronat, financées par les municipalités, elles sont censées réguler le ­marché du travail. En réalité, elles sont souvent dénaturées par les syndicats qui, en s’y installant, les transforment en bastions rouges.

La bourse du travail de Paris, notamment, est dominée par les allemanistes. C’est sous leur impulsion et celle des blanquistes qu’est fondée la FNBT, en février 1892. Dès lors, la FNS est déstabilisée. De facto, des dizaines de ses syndicats se trouvent affiliés également, via leur bourse du travail, à la FNBT. Un même public, deux directions concurrentes.

Alors que la direction guesdiste va se cabrer contre cette « usurpation » [4], la FNBT va habilement jouer la main tendue, protester de ses bonnes intentions et prôner l’unité. Irrésistiblement, la base de la FNS va subir cette attraction et se détacher du POF.

En septembre 1892, le congrès FNS de Marseille approuve de nouveau la grève générale, malgré la résistance des guesdistes [5] . Sentant son heure venue, la FNBT propose un congrès unitaire à Paris, en juillet 1893. Tentative prématurée. Les véhémentes protestations des guesdistes contre ce coup de force dissuadent bon nombre de syndicats de venir. Le coup réussit finalement l’année suivante, et la direction guesdiste ne peut empêcher la tenue d’un congrès unitaire FNS-FNBT  [6]. C’est l’heure de la confrontation.

Tenu du 17 au 22 septembre 1894, le congrès de Nantes est d’une importance exceptionnelle. Non seulement 1 662 syndicats y sont représentés – du jamais-vu – mais les ténors sont là et vont s’affronter à la tribune. Faute d’avoir pu empêcher ce congrès, les guesdistes y sont venus en force : ils pèsent près d’un tiers des 143 délégués, une bonne partie ayant assisté au congrès du POF réuni juste avant à Nantes, et qui a fermement condamné la grève générale. Face à eux : une coalition d’allemanistes, de blanquistes et de modérés – ces derniers, prêts à voter la grève générale si c’est le prix à payer pour battre les guesdistes.

Manœuvres policières

Un trio d’orateurs, notamment, va leur tenir tête : un avocat socialiste, Aristide Briand (32 ans) ; un journaliste anarchiste, tout juste élu secrétaire adjoint de la FNBT, Fernand Pelloutier (27 ans) ; un tourneur sur métaux allemaniste, Henri Girard (44 ans) qui est en réalité au service de la police.

Le ministère de l’Intérieur, en effet, cherche à entretenir les divisions entre socialistes et il a trouvé, avec la grève générale, la pomme de discorde idéale. Il pousse donc Girard et songe même à utiliser Briand, dont un rapport de police souligne le besoin d’argent  [7]. Le gouvernement ne soupçonne pas qu’en éliminant les guesdistes du jeu, il va aider à la naissance du syndicalisme révo­lutionnaire – qui se révélera, pour le capitalisme, une menace bien plus dangereuse.

Au terme du congrès de Nantes, le verdict est sans appel : la stratégie de grève générale a été approuvée par 65 voix contre 37 et 9 abstentions. Pour le POF, c’est une débâcle : seule une partie de ses militants a suivi la consigne de vote contre, et ils sont encore moins – 16 – à claquer ensuite la porte. Battu à Nantes, le POF voit le mouvement syndical lui échapper définitivement. Pendant encore quatre ans, il maintiendra à bouts de bras une FNS-croupion. Il faudra attendre août 1901 pour que la seule fédération professionnelle tenue par les guesdistes – le Textile – se résigne à adhérer à la CGT [8].

A Limoges, l’indépendance politique est votée

À Limoges, du 23 au 28 septembre 1895, enfin, se tient le congrès qui doit réaliser l’unité ouvrière en fondant la CGT. À Nantes, le grève-généralisme a triomphé. À Limoges, c’est le principe d’indépendance vis-à-vis des partis politiques qui va être voté.

La chose, en effet, ne va pas de soi. Il n’est par exemple pas rare que les syndicats animés par des allemanistes envoient des délégués dans les congrès de leur parti, le POSR. À Limoges, les allemanistes verraient d’un bon œil que les choses continuent ainsi. Mais les blanquistes, appuyés par les réformistes, s’y opposent. Et on vote un amendement à l’ar­ticle 1 des statuts, qui stipule que « les éléments constituant la CGT devront se tenir en dehors de toutes les écoles politiques ».

Enfin – l’unité est à ce prix –, les modérés acceptent, à contre-cœur, l’intégration, au sein de la CGT, du Comité de la grève ­générale dont Henri Girard est le secrétaire. Habile manœuvre pour dissuader un certain nom­bre de syndicats de rejoindre la CGT, écrira celui-ci à ses supérieurs de la Place Beauvau [9].

Le grand absent de Limoges, en fait, c’est Pelloutier. Après Nantes, il espérait voir la FNBT absorber la FNS, mais ses espoirs ont été déçus. Quel a été l’obstacle ? Les fédérations professionnelles. Certaines, comme les Métaux, l’Habillement, le Bâtiment, les Tabacs, commencent, depuis 1892-1893, à fonctionner régulièrement. En pleine structuration, elles ne sont pas prêtes à s’autodissoudre dans la FNBT. De son côté, Pelloutier refuse de dissoudre la FNBT dans une nouvelle organisation où les fédérations auraient la primauté. C’est la raison de son recul après Nantes : il militait pour l’unité ouvrière, mais pas de cette façon.

Durant les sept années suivantes, la CGT et la FNBT marcheront souvent de concert, mais en conservant leur autonomie. Et la FNBT se montrera d’autant plus défiante que la CGT, jusqu’en 1900, sera dominée par les fédérations réformistes (Cheminots, Livre, Travailleurs municipaux).

Il faudra attendre la mort de Pelloutier en 1901, et la conquête de la CGT au même moment par les révolutionnaires, pour que la donne change.

En septembre 1902, le congrès de Montpellier intégrera la FNBT à la CGT. La confédération y gagnera sa morphologie définitive  : à la fois verticale (structuration par fédérations professionnelles) et horizontale (structuration par unions territoriales et bourses du travail). Elle y gagnera également une majorité révolutionnaire renforcée qui, avec beaucoup de volontarisme et un certain génie tactique, fera entrer le syndica­lisme révolutionnaire dans sa « période héroïque ».

Guillaume Davranche (AL Montreuil)


LES FORCES EN PRÉSENCE

Tenu du 23 au 28 septembre 1895 au café de Paris, 6, boulevard Victor-Hugo, le congrès de Limoges réunit 75 délégués de 28 fédérations professionnelles, 18 bourses du travail et 126 syndicats directement représentés. Quelles sont les tendances en présence ?

Les allemanistes sont là en force. Ouvriéristes, grève-généralistes et volontiers antiparlementaires, ils se retrouvent au sein du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) de l’ancien communard Jean Allemane. Entre 1893 et 1899, ils sont alliés aux anarchistes pour contrecarrer la montée du parlementarisme dans le socialisme, et le syndicalisme va être le véhicule essentiel de cette stratégie   [10]. À Limoges, ils ont pour principaux représentants Jean Allemane lui-même (au titre de deux syndicats, les Brossiers en peinture et les Cartouchiers de la Seine) ; Besombes (bourse du travail de Paris) ; Lhermite (Cheminots) ; Braun (fédération de la Métallurgie) ; Riom (fédération du Bâtiment) ; Henri Girard (Comité de la grève générale et indicateur de police).

Les réformistes constituent aussi une force non négligeable. Ce n’est que par antiguesdisme qu’ils votent les résolutions grève-généralistes et d’indépendance politique. Par la suite, ils saboteront toutes les tentatives de grève générale, mais accepteront les mains tendues gouvernementales. Leurs principaux porte-parole à Limoges sont Auguste Keufer, l’inamovible secrétaire de la fédération du Livre, et Victor Dalle (fédération des Employés), qui va rédiger les statuts de la CGT. Ce dernier appartient par ailleurs à la Fédération des travailleurs socialistes de France (FTSF), le petit parti dit « possibiliste » dirigé par Paul Brousse.

Les blanquistes peuvent compter, à Limoges, sur des gens capables comme Léon Martin, des Céramistes de la Seine, et Majot, des Métallurgistes de l’Oise. C’est ce dernier qui fait voter l’amendement obligeant les syndicats CGT à « se tenir en dehors de toutes les écoles politiques ». Membres du Comité révolutionnaire central (CRC), continuateur de feu Auguste Blanqui, les blanquistes défendent la stricte indépendance réciproque du parti et du syndicat, ce qui les distingue aussi bien des guesdistes, qui prônent la subordination du syndicat au parti, que des allemanistes qui, par ouvriérisme, ont tendance à prôner l’inverse.

Une poignée de guesdistes indisciplinés comme Désiré Colombe (bourse du travail de Nantes) ou Édouard Treich (union des syndicats de Limoges) sont également présents à ce congrès fondateur de la CGT. Ils ne sont pas nécessairement grève-généralistes mais, l’année précédente, au congrès de Nantes, ils ont préféré se montrer fidèles à l’unité ouvrière plutôt que de suivre la scission fomentée par le Parti ouvrier français (POF) de Jules Guesde.

Les anarchistes, enfin, sont absents de Limoges. Certes, Fernand Pelloutier ne s’y rend pas, la Fédération des bourses préférant ne pas entrer dans la confédération. Mais, surtout, les anarchistes se remettent à peine de la grande répression de 1894, qui a démantelé le mouvement. En 1895, les proscrits rentrent progressivement d’exil et reconstruisent leurs bases. Leur investissement dans les syndicats ne va devenir visible qu’à partir de 1897 – date de la première intervention anarchiste concertée dans un congrès confédéral, sous la conduite d’Émile Pouget et Paul Delesalle. Par la suite, en quelques années, on les retrouvera à tous les échelons de la CGT. Ils auront alors pris la relève de l’allemanisme comme aiguillon révolutionnaire du syndicalisme.


SEIZE ANS POUR RÉALISER L’UNITÉ OUVRIÈRE

1884 Waldeck-Rousseau légalise les syndicats, espérant assagir le mouvement ouvrier.

1886 Les révolutionnaires dévoient le congrès ouvrier de Lyon, voulu par le gouvernement. Fondation de la Fédération nationale des syndicats (FNS), qui passe rapidement sous domination guesdiste.

1892 En février, fondation, à Saint-Étienne, de la Fédération nationale des bourses du travail (FNBT), dominée par les allemanistes et blanquistes, pour déstabiliser la FNS.

En septembre, le congrès de Marseille de la FNS surprend sa direction guesdiste en approuvant le principe de la grève générale.

1893 En juillet, tentative de congrès syndical unitaire à l’invitation de la FNBT : semi-échec.

1894 Le mouvement anarchiste est démantelé par la répression antiterroriste.

1894 En septembre, le congrès syndical unitaire de Nantes approuve la grève générale. Battus, une partie des guesdistes font scission.

1895 Le congrès de Limoges fonde la CGT sur des bases grève-généralistes et vote son indépendance vis-à-vis des partis politiques. La FNBT, finalement, n’y entre pas.

1896-1899 Sous la direction des réformistes, la CGT végète. La FNBT, elle, peine à se développer.

1897 À Toulouse, première intervention concertée des anarchistes dans un congrès confédéral : la CGT adopte la tactique du boycottage et du sabotage.

1900-1901 Lutte de tendances au sein de la CGT. Alors que la direction réformiste est disposée à collaborer avec le gouvernement Waldeck-Rousseau, les révolutionnaires s’y opposent, sous la houlette du duo Griffuelhes-Pouget. Vainqueurs, ils sont élus au secrétariat de la CGT en mars 1901.

1902 En septembre, à Montpellier, la FNBT fusionne au sein de la CGT : l’unité ouvrière est achevée.

[1] Léon de Seilhac, Les Congrès ouvriers de France de 1876 à 1897, Armand Colin, 1899, p. 194.

[2] Claude Willard, Les Guesdistes, Éditions sociales, 1965, p. 355.

[3] Fernand Pelloutier, Histoire des bourses du travail, Schleicher frères, 1902.

[4] Willard, op. cit., p. 357.

[5] Le Socialiste, 10 octobre 1892, cité dans Robert Brécy, Le Mouvement syndical en France 1871-1921, Mouton & co, 1963.

[6] Willard, op. cit., p. 358.

[7] Robert Brécy, op. cit. Briand est « dominé par des appétits d’une inconsistance morale rare », dit le rapport.

[8] Congrès CGT de Lyon (1901), compte rendu, p. 30.

[9] 9. Robert Brécy, La Grève générale en France, EDI, 1969, p. 57.

[10] Lire à ce sujet« Septembre 1900 : La fusion entre l’anarchisme et la gauche du socialisme échoue », Alternative libertaire, octobre 2010.

 


État espagnol : Luis Léon (Apoyo Mutuo) : « Construire une opposition au parlementarisme »

Le mouvement espagnol des Indignés a engendré deux formations politiques différentes : la plus connue est Podemos, qui brigue les suffrages ; l’autre est Apoyo Mutuo, qui s’y refuse, et cherche à construire un contre-pouvoir populaire se réclamant de l’anticapitalisme, de la démocratie directe et de l’autogestion.

Suite au mouvement des Indigné-e-s (le 15-M), est apparue il y a un peu plus d’un an en Espagne une nouvelle force politique : Podemos. De ce même héritage, et à l’initiative de militantes et militants libertaires, syndicalistes de lutte de classe et des mouvements sociaux, est née en mai dernier une autre organisation : Apoyo Mutuo (AM).

Si le parti de Pablo Iglesias a fait le choix de peser sur l’échiquier politique en se présentant aux élections, avec un certain succès comme le prouvent les conquêtes des mairies de Madrid et de Barcelone par des listes soutenues par Podemos, Apoyo Mutuo a choisi une autre voie, en dehors du cadre institutionnel, rejetant avec force l’option électorale.

Découverte, avec Luis Léon, 19 ans, syndicaliste libertaire et porte-parole de cette nouvelle formation se réclamant de l’anticapitalisme, de la démocratie directe et de l’autogestion.

Alternative libertaire : Ce printemps a été créé Apoyo Mutuo. Peux tu revenir sur la genèse de votre organisation ?

Luis Léon : Avec l’émergence du mouvement des Indigné-e-s, de nombreuses personnes sont descendues dans la rue sur le mot d’ordre : « Ils ne nous représentent pas ! » Le cycle ouvert par le mouvement des Indigné-e-s s’est aujourd’hui refermé avec comme acquis : une activité, une créativité et des initiatives sociales tout à fait exemplaires.

Néanmoins, nous, qui avons été aussi acteurs et actrices de ce mouvement, avons été témoins de sa dérive sur le terrain de l’électoralisme. Une forme d’institutionnalisation qui de fait a vidé l’essence du 15M et de son projet de transformation sociale, authentiquement révolutionnaire.

Ce processus a fait prendre conscience à de nombreux camarades du besoin de nous organiser politiquement au-delà de ce que peuvent représenter des collectifs ou organisations syndicales (sans pour autant cesser d’être syndiqué-e-s), qui bien souvent ne se battent que pour la défense de nos acquis sociaux.

De ce constat est né Apoyo Mutuo, qui a comme finalité l’élaboration d’un projet alternatif de société opposé au modèle étatique et capitaliste, et comme modalité d’action de travailler en lien avec les mouvements sociaux, et non pas sur le terrain électoral.

Peut-on dire qu’Apoyo Mutuo est une organisation libertaire ?

Luis Léon : Apoyo Mutuo n’est pas une organisation spécifiquement libertaire. Nous ne souhaitons pas nous enfermer dans un carcan idéologique. Nous préférons définir notre combat comme anticapitaliste, féministe et écologiste. Cependant, l’étiquette libertaire ne nous gène pas au vu de la provenance de nombre de nos militantes et militants. De même, notre fonctionnement interne de démocratie directe est à rattacher explicitement au courant anarchiste.

Peux-tu préciser la structuration de Apoyo Mutuo ?

Luis Léon : AM se structure de deux manières. Au niveau national, nous avons ce que l’on appelle le niveau commun, qui fait office d’organe de coordination. Au niveau local, du fait de notre récente création, pour l’heure, notre développement est encore limité avec des groupes militants existant avant tout sur Madrid et dans la région de Grenade.

Nous n’avons pas envie, non plus, de créer de toutes pièces, avec fébrilité, des groupes qui seraient des coquilles vides. Laissons le temps au temps. Un luxe que l’on peut se permettre d’autant que l’on n’est pas pris, puisque c’est notre choix stratégique, par l’urgence d’une quelconque échéance électorale et ses inévitables coups de stress pour monter des listes, mener une campagne, nouer éventuellement des alliances.

Si des groupes, à terme, nous rejoignent dans d’autres villes, nous souhaitons que cela se fasse sur la base d’une réflexion approfondie des personnes intéressées. Cela dit, il existe déjà de nombreux contacts ailleurs avec des noyaux de personnes qui entendent intégrer notre organisation.

Quel est le profil des militantes et militants de Apoyo Mutuo ?

Luis Léon : Il n’y a pas de profil type. À titre personnel, je viens de la CNT. D’autres personnes viennent d’autres groupes libertaires (CGT, SO, Athénées libertaires) ou de syndicats alternatifs et combatifs. D’autres, la plupart en fait, sont issu-e-s du mouvement des Indigné-e-s, des collectifs de locataires qui luttent contre les expulsions, ou encore de groupes féministes, internationalistes, ou de défense animale.

Ici en France, il est beaucoup question du phénomène Podemos. Un parti où sont impliqués aussi des personnes issues des mouvements sociaux ainsi que du mouvement libertaire. Peux-tu nous préciser vos rapports avec le parti de Pablo Iglesias ?

Luis Léon : Notre position vis-à-vis de Podemos mais aussi des différentes formes prises par des initiatives similaires au niveau local (Ganemos à Madrid, Barcelona en Comú par exemple) est une position de respect mutuel même si nous avons fait un choix différent du fait de notre antiélectoralisme.

Nous ne discutons pas leurs choix, ni leurs intentions que l’on juge honnêtes d’autant que la plupart de ses membres sont d’anciennes et anciens camarades qui étaient impliqué-e-s comme nous dans le mouvement des Indigné-e-s ou les mouvements sociaux.

Nous pensons juste, à la différence de Podemos, qu’entrer dans le jeu électoral est un piège qui comporte d’irrémédiables risques d’institutionnalisation, à moyen ou long terme. Et ce d’autant que dans le contexte espagnol, il n’existe pas de mouvement social suffisamment costaud pour peser et faire pression réellement sur les Partis (y compris Podemos).

Pour moi, Podemos demeure trop restrictif au niveau de son discours. Lutter contre le néolibéralisme c’est bien mais sans s’attaquer aux causes profondes de la structure même du modèle économique, c’est finalement laisser planer l’illusion qu’il existe l’option d’un système capitaliste à « visage humain ». Ce qu’à Apoyo Mutuo nous ne croyons pas.

Nous observons, en outre, que Podemos n’échappe pas, malgré sa courte existence, à des dérives inhérentes à tout parti qui s’inscrit dans la politique traditionnelle, à savoir un « leaderisme » toxique et un dirigisme du sommet vers la base.

Le mot de la fin ?

Luis Léon : Maintenant, ne nous trompons pas d’ennemi. L’adversaire n’est pas Podemos, mais le capitalisme et les partis politiques qui le font vivre. Et de notre côté, tâchons de construire une opposition réelle au parlementarisme en général en nous appuyant sur les mouvements sociaux.

Propos recueillis par Jérémie Berthuin (AL Gard)


Apoyo mutuo, c’est aussi un site internet et une page facebook.

 


Cop 21 1

Face au défi écologique, trois révolutions sont nécessaires

 

Depuis des décennies, les anticapitalistes posent à juste titre la question de la redistribution des richesses entre le Nord et le Sud. Cependant, dans l’imaginaire commun, la « redistribution des richesses » signifie faire cesser le pillage du Tiers Monde par l’Occident, pour permettre aux peuples du Sud d’atteindre un niveau de développement équivalent. Pour schématiser, cette revendication peut se résumer à celle d’un rattrapage du « niveau de vie » du Nord par celui du Sud.

Or ce vieux schéma est bousculé dans son simplisme dès lors que certains pays sont concrètement en train de « prendre leur part » de ce gâteau qu’est la planète Terre, et que cela accélère la destruction des grands équilibres écologiques. L’avènement, en premier lieu, de la Chine et de l’Inde comme puissances industrielles, politiques et militaires obligent les révolutionnaires à repenser de fond en comble la question du modèle de développement.

Avec la crise écologique planétaire, personne ne peut plus nier que le socialisme sera incompatible avec le productivisme et la consommation de masse. En effet, sans revenir aux thèses catastrophistes de Malthus, force est de constater que les ressources de la planète ne sont pas inépuisables. Elles pourraient subvenir aux besoins de l’humanité, mais seulement si elles étaient utilisées de façon raisonnable et rationnelle, c’est-à-dire à l’exact opposé de la logique capitaliste qui en elle-même est source de déséquilibre.

1. Le monde est en surrégime

Selon le rapport « Planète vivante » du WWF de 2002, « l’empreinte écologique » de la population mondiale a grimpé de 80% entre 1961 et 1999, pour atteindre un niveau de 20% supérieur à la capacité biologique de la Terre. Les chiffres utilisés dans ce rapport sont contestés, y compris dans les rangs écologistes, mais néanmoins tout le monde s’accorde à en partager l’idée-force, selon laquelle « la consommation des ressources naturelles peut techniquement dépasser la capacité productive de la planète en diminuant le capital naturel de la Terre. Néanmoins cette situation ne peut être maintenue indéfiniment ».

Cette « empreinte écologique » est la superficie nécessaire (calculée en hectares) pour répondre aux besoins d’un individu ou d’une population en ressources naturelles, et pour absorber leurs déchets.

L’empreinte écologique des États-Unis est la plus importante au monde, avec 2,81 milliards d’hectares, soit environ 9,7 hectares par individu. Vient ensuite l’Union européenne avec 2,16 milliards d’hectares, soit 4,7 hectares par habitant. En troisième position, la Chine ne cesse de monter, avec 2,05 milliards d’hectares, soit seulement 1,6 hectare par habitant ! L’Inde enfin, avec seulement 0,8 hectare par habitant, a déjà doublé le Japon, avec 0,78 milliard d’hectares d’empreinte écologique totale.

La conclusion de cette étude est sans appel : il faudrait six planètes Terre si chaque pays avait un niveau de production et de consommation équivalent à celui des États-Unis. Trois planètes Terre pour un niveau équivalent à celui de l’Union européenne.

Si l’on conserve le schéma classique d’un « rattrapage » du Nord par le Sud, il reste donc encore beaucoup de distance à parcourir pour que « le Sud rattrape le Nord »... alors que les capacités de renouvellement de la planète sont déjà épuisées. Cette course au développement, qui est aussi une course au contrôle de ressources qui ne cessent de se raréfier, fait peser sur l’humanité un double péril : la montée des guerres impérialistes d’une part, la catastrophe écologique d’autre part.

1.1 Le péril écologique

L’activité humaine est à l’origine d’un ensemble de phénomènes gravissimes, au premier rang desquels le réchauffement climatique, qui pourrait se traduire par une augmentation de la température terrestre de 5,8°C en moyenne, selon les prévisions actuelles, d’ici 2100. On en voit les premiers symptômes avec la multiplication des catastrophes naturelles, la fonte des glaciers du Groenland, de la banquise du pôle Nord, la hausse du niveau de la mer, la désertification. Et au delà des modifications climatiques, d’autres périls écologiques nous guettent : la déforestation, la réduction des ressources halieutiques, la perte de la biodiversité, la pollution irréversible par les déchets nucléaires...

1.2 Le péril impérialiste

Les ressources énergétiques utilisées aujourd’hui (pétrole, gaz, uranium...) sont limitées, et la lutte pour leur contrôle va entraîner une exacerbation des rivalités impérialistes, notamment entre les États-Unis et la Chine. Après le Moyen-Orient, les pays pétroliers africains (Soudan, Gabon, Angola, Guinée Équatoriale, Nigeria, Congo, Saõ Tomé e Príncipe, Tchad ...) sont le nouveau théâtre de chassés-croisés diplomatiques et de guerres d’influence. Mais la concurrence ne pourra que devenir plus violente, à mesure que les ressources vont se raréfier et que l’appétit énergétique des grandes puissances va augmenter.

2. Le capitalisme n’apporte pas de solution

La société capitaliste peut être contrainte de faire évoluer sa politique, sous la pression d’une part des mouvements sociaux, et d’autre part des choix qui font consensus dans les classes dirigeantes.

Dans chaque pays, les classes dirigeantes sont, à certains moments historiques, amenées à élaborer une « doctrine » pour employer leurs termes. Les secteurs névralgiques du capital, toujours liés à l’appareil d’État, ont une influence déterminante sur l’élaboration de cette doctrine : que ce soit le lobby nucléaire en France, le complexe militaro-industriel en Chine, les multinationales pétrolières aux États-Unis, les magnats du gaz et du pétrole en Russie, etc.

Au niveau mondial, le gotha de l’oligarchie capitaliste s’est depuis longtemps dotée d’instances de concertation où l’on s’adonne à la prospective, comme chaque année le Forum économique mondial à Davos ou le groupe du Bilderberg. Les remises en cause du système par lui-même s’expriment déjà dans la doctrine du « développement durable », tirée du rapport Bruntland qui en 1987 préconisait « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »

Conformément à cette doctrine, les classes dirigeantes occidentales s’engagent de plus en plus dans la voie des nouvelles technologies, du développement des énergies renouvelables, du recyclage des déchets, de la production « propre », etc. Ainsi, principalement dans les pays occidentaux, des innovations technologiques sont mises en œuvre et permettent de ne pas augmenter « trop » l’émission de gaz à effet de serre.

Mais force est de constater que cette « voie » n’apporte aucune solution :
- La réduction de la pollution dans les pays occidentaux, en particulier sous la pression des luttes écologiques, est simplement un transfert vers les pays du Sud. Il n’y a eu aucun progrès global sur la planète depuis que ce processus est à l’œuvre, bien au contraire.
- De toutes les façons, les mesures prises restent très insuffisantes pour réduire l’empreinte écologique de l’humanité.
- Et en dernière analyse, ces propositions ne sont souvent brandies que pour éviter une remise en cause globale du modèle de développement qui ruine la planète.

Alors que les États-Unis ont, pour la première fois, subi de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique, avec la destruction de la Nouvelle-Orléans, l’oligarchie capitaliste est totalement incapable de se poser les questions nécessaires pour enrayer le processus de destruction de la planète.

Les causes de cette incapacité du système capitaliste à l’anticipation et à l’autorégulation sont intelligibles, pourvu que l’on en examine simplement le fonctionnement. Le capitalisme est fondamentalement une société inégalitaire. Sa logique interne le pousse à une fuite en avant suicidaire. Son idéologie, le conditionnement qu’il impose à la conscience humaine (frustrations et violences provoquées par l’appropriation des richesses par une minorité, absence de solidarité, besoin de consommation sans limite, irresponsabilité individuelle...), la nécessité d’une croissance exponentielle pour conserver un semblant de stabilité sont des obstacles majeurs rendant impossible un contrôle de son activité.

Au total, loin d’apporter une solution au processus de destruction de la planète, le « développement durable » se contente de proposer un modèle dans lequel les capitalistes s’affirment écocitoyens, là où les luttes écologiques rendent cette étiquette rentable. Ainsi Total ou la Cogema sponsorisent largement les actions de « développement durable ».

Cette vision aclassiste est particulièrement perverse car elle tend à faire porter la responsabilité de la pollution sur le consommateur qui ne fait pas son tri sélectif... pour mieux masquer les responsabilités industrielles des multinationales ou des États, qui s’arrogent seuls le droit de déterminer ce qui est fabriqué, et qui modèlent le comportement des consommateurs par la publicité. Il n’y aura jamais de solution sans rompre avec la logique actuelle de la production au service de l’accumulation de profit, pour parvenir à une production organisée pour répondre aux besoins de l’humanité et au service de son bien-être.

Pour remédier à l’actuelle destruction de la planète, il faudra bien plus que la révolution technologique supposée par la doctrine du « développement durable ». Il faudra également une révolution dans les échanges et dans le modèle de consommation. Et on touche là à un ressort vital du système capitaliste, qui est la nécessité de son expansion. Ce qui revient à remettre en cause le capitalisme lui-même.

Ainsi, pour échapper à la destruction de la planète, il n’y a que deux voies possibles :
- soit empêcher les pays du Sud de rattraper le « niveau de vie » du Nord ;
- soit repenser complètement le modèle économique au Nord comme au Sud.

La première voie, aussi cynique qu’utopique, pourrait correspondre à l’expression qu’avait eu George Bush Senior lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 : « Notre niveau de vie n’est pas négociable ». Puisqu’il est hors de question de réviser le niveau de consommation des États-Unis, le seul moyen serait de maintenir les concurrents à distance, notamment en monopolisant les ressources énergétiques au détriment de la Chine.

La deuxième voie implique une triple révolution : des modes de production, d’échange et de consommation. Loin d’être inéluctablement une régression pour tous du niveau de vie, ce qui est en jeu, c’est une réorientation de l’activité économique, pour retrouver un équilibre écologique.

3. Trois révolutions sont nécessaires

Nous pourrions nous contenter de dire qu’une seule révolution est nécessaire : la révolution socialiste. C’est, en soi, totalement exact. Mais le « socialisme », fut-il libertaire, ne résout pas en lui-même la question du modèle de développement. Au-delà de la question de la propriété des moyens de production et de l’abolition du salariat, le socialisme devra en effet se poser la question de l’empreinte écologique de l’humanité. Et cette perspective nous invite dès à présent à « penser » de quelles révolutions dans les modes de production, d’échange et de consommation, la planète a besoin.

3.1 Révolution dans les échanges : en finir avec la mondialisation

Le réchauffement climatique est dû à l’ensemble des activités humaines émettant des gaz à effet de serre. Il n’existe pas encore d’étude à l’échelle mondiale pour cibler les secteurs les plus polluants de ce point de vue. On s’accordera à penser que les transports, avec le boom du transport aérien, sont en première ligne.

Pour prendre un exemple, en 2003 selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), la France a rejeté 557 millions de tonnes d’équivalent CO2 dans l’atmosphère. Les secteurs d’activité en cause sont les suivants :
- transport, 26,5% (contre 22% en 1996) ;
- industrie manufacturière, 20% (23% en 1996) ;
- agriculture, 19,5% (18%) ;
- bâtiment/habitat 18,5% (18%) ;
- production d’énergie 13% (8%) ;
- traitement des déchets 2% (3%) ;
- gaz frigorigènes (climatisatio) : 0,5%.

Le secteur des transports est le principal pollueur en volume, et il ne fait aucun doute qu’à l’échelle planétaire, le problème est similaire, du fait de l’explosion des échanges avec la mondialisation capitaliste. La délocalisation des productions est telle aujourd’hui que les différentes composantes d’un produit, au fil des étapes de sa fabrication et de sa distribution, parcourent des dizaines de milliers de kilomètres. Le secteur des transports joue donc un rôle clef dans la mondialisation capitaliste, et les luttes de classe dont il est le théâtre revêtent d’autant plus d’importance.

La remise en cause de la mondialisation capitaliste n’a donc pas uniquement une motivation sociale et anti-impérialiste, elle a également une motivation écologique fondamentale : il n’y aura pas de réduction massive des gaz à effet de serre sans remise en cause de la division internationale du travail, relocalisation des productions et indépendance économique des différentes régions du monde : bien sûr, il ne s’agit pas de prôner une logique d’autarcie, mais celle d’une capacité de développement autonome.

3.2 Révolution dans les modes de consommation : la question de la décroissance

La notion de décroissance est souvent associée à la simplicité volontaire. Les initiatives individuelles se multiplient, à la fois par prise de conscience de l’importance du problème, mais aussi par sentiment de responsabilité directe (notamment à travers le mode de consommation). Ces initiatives constituent des contre-exemples utiles, et permettent de développer la conscience collective du problème, mais en aucun cas un contre-pouvoir. Il est vain d’espérer une généralisation de ce genre de pratiques, la vraie solution ne pouvant être que collective, et passant par une transformation radicale de la société.

Le capitalisme en plus d’être un système d’exploitation est aussi porteur d’une logique de mort de l’humanité de façon intrinsèque. Toute alternative à celui-ci devra prendre en compte la dimension écologique, à l’inverse des précédentes expériences de socialisme autoritaire (ou capitalisme d’État).

La notion de « décroissance » en tant que telle n’apporte aucune solution si elle n’est pas associée à une rupture avec le capitalisme. En effet, la crise de 1929 aux États-Unis et la Russie de 1990 ont ouvert des périodes de forte « décroissance » économique. Ces « décroissances » dans le cadre capitaliste n’ont été porteuse que de plus de misère pour les plus démunis, sans rien apporter de significatif en terme de « progrès écologique ».

Nous affirmons que :
- L’objectif d’une décroissance reste dérisoire s’il n’est lié à celui de l’appropriation collective des moyens de production. Une vision a-classiste de la décroissance ne constituerait qu’une nouvelle lune idéologique à la mode, et les communistes libertaires n’y peuvent souscrire. Elle conduirait, au pire, à une politique de rationnement pour les classes populaires, au mieux, aux diverses solutions individuelles de « simplicité volontaire » sans impact global.
- La « décroissance » est un aspect et non la totalité de la solution au bouleversement climatique - il faut y adjoindre une révolution dans les modes d’échange et de production.
- La « décroissance » ne peut être un objectif dans l’absolu : si les pays du Nord consomment trop, nombre de pays du Sud ont besoin de développement, d’infrastructures de transport, d’éducation, de santé. Et y compris au sein des pays du Nord, un accès amélioré aux mêmes services pour les groupes sociaux défavorisés est une nécessité.

Militant(e)s communistes libertaires, nous n’avons aucun penchant pour l’exotisme qui voit dans le dénuement et la pauvreté un « supplément d’âme » à ce monde sans pitié. La nécessaire révolution dans les modes de consommation ne peut donc s’entendre que différenciée selon les régions du monde. Pour schématiser : il faut que les « riches » consomment moins pour que les « pauvres » vivent mieux.

La « solution au défit écologique » signifie un bouleversement économique impliquant une redéfinition :
- de la finalité de la production, organisée uniquement pour satisfaire les besoins de l’humanité ;
- de la meilleure utilisation possible des innovations technologiques, pour éliminer la plus grande partie de la pollution, de la généralisation du recyclage, de la production de biens matériels qui ne seront plus conçus pour tomber en panne après quelques années ;
- du mode de transport (automobile, transport collectif, route, rail, aérien) ;
- de la place des emballages, de la publicité ;
- des choix énergétiques (énergies fossiles, énergies renouvelables, économies d’énergie).

Au total, c’est à une redéfinition générale du nécessaire et du superflu dans le système économique qu’il faut réfléchir. Notre objectif n’est pas celui d’un appauvrissement de l’humanité, mais une révolution dans les modes de vie : une baisse drastique de la consommation de produits matériels et un enrichissement de la vie sociale et culturelle, un développement des relations sociales, de la culture, de l’art, de la connaissance...

3.3 Révolution dans les modes de production : les économies d’énergie

Le seul aspect positif de la doctrine du « développement durable » - et de l’épuisement des énergies fossiles - est d’avoir mis au goût du jour, dans la recherche technologique, la question du recyclage, de la production propre, de l’économie d’énergie, des carburants verts, de l’économie d’eau dans l’agriculture, des énergies renouvelables, de l’habitat écologique, etc.

Autant d’innovations technologiques que l’on peut reprendre à notre compte, même s’il faut avoir bien conscience qu’il ne s’agit là que d’un aspect et non de la totalité de la solution au bouleversement climatique.

La question de l’énergie sera forcement au centre du débat. Et devant la fin des énergies fossiles, le débat autour du nucléaire va rebondir. Mais le nucléaire n’est pas une solution à l’effet de serre. La part du nucléaire dans la consommation mondiale d’énergie est en effet marginale (3%). Imaginer freiner le réchauffement climatique en construisant des milliers de nouvelles centrales nucléaires dans le monde est donc complètement insensé à cause des risques sanitaires et environnementaux connus et des tensions géopolitiques existant dans le monde qui font des centrales des cibles militaires de choix.

Même si la question des moyens d’une sortie du nucléaire demeure dans un pays ultra-dépendant de cette industrie comme la France - et devrait faire l’objet d’un débat spécifique dans AL -, Alternative libertaire reste donc opposée à l’énergie nucléaire, qui fait peser sur nos sociétés des risques sanitaires et sociaux disproportionnés.

4. Conclusion stratégique

L’environnement n’est pas une question « humaniste » dépourvue d’enjeux politiques. Pour agir concrètement, il faut l’analyser en lien avec les luttes de classe, les stratégies du capitalisme, les rapports de production, les rapports de forces impérialistes dans le monde, etc. C’est pour cela que nous devons parler systématiquement d’écologie politique. En même temps, les solutions à ce défi majeur qu’est la destruction de la planète transcendent la simple opposition entre capitalisme et socialisme. S’il est évident que le capitalisme, en lui-même, n’apporte pas de solution, nous ne pouvons affirmer, de façon symétrique, que le socialisme est la réponse à tout.

D’une part parce que cette assertion aurait pour effet de renvoyer toute action à un futur post-révolutionnaire dont rien n’indique qu’il adviendra avant la destruction complète de la planète par le capitalisme. Ce n’est donc pas « trois » mais « une seule » révolution qui serait nécessaire : la révolution socialiste.

D’autre part parce que le socialisme doit intégrer dans sa finalité la question écologique. Les « modèles » socialistes de jadis sont révolus. Aussi bien le modèle productiviste cher aux staliniens, que le modèle « abondanciste » des anarchistes de jadis, où la « prise au tas » était censée résoudre la question de la production et de la consommation.

Le communisme libertaire devra atteindre le point d’équilibre entre les capacités productives, les besoins des populations, et les capacités de la biosphère. Et au delà d’une gestion rationnelle des ressources naturelles, la question écologique doit nous amener à repenser fondamentalement la question de la place de l’humanité sur la planète. Face à l’héritage judéo-chrétien qui incitait les hommes et les femmes à dominer la planète, il nous faut prendre conscience que notre existence est intimement liée à celle de l’ensemble du monde vivant. Notre avenir ne pourra pas se construire contre le reste du vivant. Là aussi, l’idéologie de la domination doit être brisée, pour que l’humanité retrouve un avenir. Dans l’immédiat, dans le mouvement altermondialiste - assoupi dans les pays du Nord, mais toujours aussi virulent dans le reste du monde -, il est indispensable d’avoir à l’esprit la boussole politique que constituent ces « trois révolutions » nécessaires dans les modes de production, d’échange et de consommation.

 


Une rentrée sociale sous fortes tensions

Après l’adoption des lois Macron et Rebsamen, les enjeux restent forts autour des salaires, du chômage et de l’austérité affectant les services publics. Si les luttes locales peinent à se fédérer, l’offensive gouvernementale contre le Code du travail et celle du Medef sur les retraites complémentaires sonnent comme deux rendez-vous d’ampleur nationale.

Les salariés reprennent le travail en cette rentrée dans un contexte nouveau après les validations par le Conseil constitutionnel des lois Macron et Rebsamen apportant « modernisation » l’une de l’économie, l’autre du dialogue social. Quelques exemples :
- La durée des accords de « maintien de l’emploi » qui permettent de baisser les salaires et/ou le temps de travail est prolongée de deux à cinq ans.
- Le principe du plafonnement et de la mise en place de barèmes pour les indemnités gagnées aux prud’hommes est acquis même si le Conseil a rejeté le critère de la taille de l’entreprise.
- Les obligations du plan social en cas de licenciements ne peuvent plus être évaluées en regard de la surface du groupe mais de la seule entreprise concernée.
- Le développement des autocars se fera nécessairement au détriment du rail. L’aberration écologique se double d’une mise en concurrence sociale des conducteurs de cars et de trains.
- L’élargissement du travail du dimanche et de nuit va aggraver les conditions de travail dans le commerce, et il faut s’attendre à ce que d’autres secteurs soient progressivement touchés.
- L’obligation de négocier des accords de branche sur l’intéressement et la participation vise à généraliser ce type d’outils aléatoires en lieu et place des bonnes vieilles augmentions de salaires.
- La menace d’emprisonnement d’un patron pour délit d’entrave à l’activité syndicale (par ailleurs jamais exécutée...) est largement retiré de la loi.
- Le seuil permettant le regroupement des instances représentatives (CE, DP, CHSCT) en une délégation unique (DUP) qui était limité aux entreprises jusqu’à 200 salariés passe à 300. Et devient possible au-delà de 300 par accord d’entreprise. Les décrets d’application viendront préciser les pertes en nombre d’élus et d’heures de délégation.
- Pour les très petites entreprises (TPE, moins de onze salariés) est mise en place une commission paritaire extérieure à l’entreprise dont on peut prévoir qu’elle n’aura aucune utilité pratique sauf à distraire les permanents syndicaux.
- L’indemnisation spécifique du chômage des intermittents du spectacle sera inscrite dans le Code du travail. Ce qui risque fort d’être l’occasion de nouvelles attaques contre ce statut.
- Les CDD restent renouvelables deux fois mais pour une durée étendue à dix-huit mois.
- Les négociations obligatoires dans les entreprises sont regroupées pour « noyer » celle sur les salaires. Connues sous le nom de NAO (négociations annuelles obligatoires) et portant sur divers sujets (emploi, égalité homme/femme, travailleurs handicapés...), les NAO sont devenues dans bien des entreprises le temps fort de la revendication salariale, un rendez-vous occasionnant une conflictualité fort regrettable... La loi prévoit d’ailleurs que par accord d’entreprise il sera possible de ne négocier que tous les trois ans !

Contre l’austérité

Si le premier trimestre 2015 avait été marqué par de nombreuses luttes sur les salaires (effet NAO), le second trimestre aura vu une multitude de conflits, souvent très localisés et systématiquement sous-médiatisés. Mis à part la mobilisation du commerce contre le travail du dimanche, le marqueur commun de ces conflits est la résistance dans les services publics aux conséquences de l’austérité budgétaire.

Il y a bien sûr la longue mobilisation à l’AP-HP contre le plan Hirsch, mais aussi une succession de luttes dans les bureaux de poste, dans les établissements scolaires, dans les transports urbains. Et beaucoup d’agitation dans les services publics municipaux touchés par les restructurations voire les fermetures : bibliothèques, centres socio-culturels, petite enfance, restauration scolaire, centres de santé, équipements sportifs...

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L’AP-HP en colère
A Paris, le 11 juin 2015, contre le projet de Martin Hirsch sur les RTT. © Photothèque rouge/JMB

Ces mouvements qui touchent les services directement percutés par les arbitrages des conseils municipaux dont les budgets se sont effondrés peinent souvent à s’étendre à tout le personnel communal mais donnent lieu fréquemment à une jonction avec les habitants organisés en comité de soutien. Sur ce terrain hélas les occasions de combat n’auront pas disparu en septembre, bien au contraire.

Des rendez-vous connus

Le gouvernement et le Medef nous convoquent pour deux affrontements majeurs : le Code du travail et les retraites complémentaires. On attend pour la mi-septembre le rapport Combrexelle visant à « simplifier » le Code du travail.

Si nous étions naïfs nous pourrions nous réjouir de l’idée tant il est vrai que le Code s’est terriblement complexifié ces dernières années. Encore faut-il préciser que la cause principale de cet alourdissement provient de la volonté « d’assouplir » les règles et que c’est précisément l’empilement des « assouplissements » en particulier sur le temps de travail qui est venu alourdir le Code. Nous sommes d’accord pour supprimer du Code tout ce qui permet la flexibilité ou l’annualisation du temps de travail !

Hélas l’objectif est évidemment inverse : effacer les détails qui bornaient, parfois de façon obscure, les amplitudes de flexibilité pour permettre aux entreprises de négocier des accords sur mesure. Effacer les autorisations dérogatoires conditionnées pour que la notion même de dérogation disparaisse.

Un Code vidé de son sens laissant toute sa liberté à l’entreprise de négocier n’importe quoi : c’est la raison d’être de la CFDT qui enfle à mesure que le Code se dégonfle. On peut craindre qu’il ne soit pas facile de mobiliser sur un tel sujet car l’ampleur des enjeux sera masquée sous le jargon juridique. Le décryptage des reculs et l’explication au grand public sera donc une priorité.

L’autre grand rendez-vous est plus simple à dévoiler. Les régimes de retraites complémentaires (Agirc-Arrco) des salariés du privé sont en difficulté. Il suffirait bien sûr que les chômeurs retrouvent du travail et cotisent pleinement pour remplir les caisses. Ou bien que les patrons payent davantage... Mais c’est l’occasion pour le Medef d’avancer masqué sur l’âge de la retraite.

En effet, les retraites complémentaires peuvent représenter jusqu’à la moitié de la pension totale. La proposition patronale est donc que de 62 ans à 65 ans, la retraite complémentaire ne sera pas versée intégralement mais montera progressivement en charge. Ce qui ne laissera à la majorité des salariés que le choix de continuer à travailler jusqu’à 65 ans pour toucher leur retraite pleine.

Deux mobilisations programmées

Le 23 septembre, la CGT organise à Paris une journée contre la répression patronale et pour les libertés syndicales. Il faudrait que cette journée soit l’occasion d’une riposte unitaire contre les situations bien concrètes de répression ; il faudrait aussi qu’elle permette de lancer la campagne indispensable contre la réforme du Code du travail.

Le 8 octobre sera une nouvelle journée de mobilisation CGT, Solidaires, FSU. La participation de FO ne semble pas certaine à ce jour. Encore une journée fourre-tout qui ne prendra sens que si les syndicalistes combatifs et les militants révolutionnaires arrivent à en faire une vraie de journée de grève générale, une journée tremplin pour que l’ensemble des résistances fusionnent dans un soulèvement social sans lequel nous n’inverserons pas la tendance.

Jean-Yves (AL 93)

 


Grèce : L’adieu aux illusions réformistes

Les événements de l’été ont laissé le peuple grec dans une situation catastrophique, mais ils auront au moins eu le mérite de plomber les vieilles lunes électoralistes ou référendaires. Et de mettre les libertaires sur le devant de la scène.  Analyse d’un membre de l’Initiative anarcho-syndicaliste Rocinante.

Le 25 janvier, l’élection de Syriza en Grèce a secoué l’Europe. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine du continent, un parti de la gauche dite radicale sortait victorieux par les urnes et avait le droit de former un gouvernement.

Le soir même, devant le siège de l’université, les symboles de la résistance contre le gouvernement odieux d’Antonis Samaras étaient présents à la fête : les femmes de ménage licenciées par le ministère des Finances, les travailleurs d’ERT – la télévision publique supprimée –, des immigré.e.s présent.e.s dans la lutte antirasciste, des jeunes militants, des chômeurs, des travailleurs qui avaient subi une dure répression pendant la période 2009-2015.

Même nous, les libertaires les plus méfiants, ne pouvions pas imaginer un tel retournement de situation sept mois plus tard.

Avant que le Premier ministre Tsípras ne démissionne, le 21 août, en raison du refus de la tendance de gauche de Syriza de suivre sa volte-face et la perte de la majorité au Parlement, le bilan du gouvernement aurait pu rendre la droite jalouse : prolongation du programme d’austérité terminé le 20 février, puis validation d’un troisième mémorandum qui prévoit des contre-réformes que la droite n’avait jamais osé voter :

  • libération totale du droit de licencier pour les patrons,
  • restriction du droit de grève,
  • saisie du logement pour dettes envers les banques,
  • nouvelle réduction des retraites,
  • augmentation jusqu’à 100% de la TVA sur les produits d’alimentation de base...

Entretemps, le gouvernement a bel et bien montré sa détermination sur tous les plans : le 15 juillet, la manif contre le troisième mémorandum (approuvé par le Parlement grâce aux voix de la droite, alors que Syriza a vu un cinquième de son groupe – 31 sur 149 – voter contre l’accord) s’est terminée par la répression des manifestants.

Les policiers à moto ont envahi le cortège de l’Initiative anarcho-syndicaliste Rocinante et arrêté plusieurs manifestants.

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Rocinante dans la rue le 15 juillet pour dénoncer la trahison du référendum par Syriza.

Un mois plus tard, la police a réprimé les refugié.e.s de l’île de Kos, au canon à eau. En parlant des mouvements sociaux, le ministre de l’Ordre public, Yannis Panoussis, a déclaré être « déterminé à écraser l’illégalité ».

Double escroquerie

Cette politique se fonde évidement sur une double escroquerie politique : la trahison, dès le début de son mandat, du programme dit de Salonique, sur lequel Syriza avait été élu ; et bien sûr la trahison du Non écrasant (61,2 %) au référendum du 5 juillet.

Ce référendum avait été appelé par Tsípras dans l’espoir d’un résultat mitigé qui lui donnerait l’occasion d’opérer un virage politique à droite, sans en assumer la responsabilité ni les conséquences. Le Non l’emporta largement, dans une atmosphère très combative – marquée certes par une conscience plébéienne plutôt que par une conscience de classe. Néanmoins, les électeurs se trompaient sur les intentions réelles du gouvernement.

La trahison de Tsípras a assommé la gauche et une grande partie des travailleurs. Sur les 300.000 personnes qui avaient manifesté pour le Non le vendredi 3 juillet, seules 15.000 revenaient dans la rue le 15 juillet, pour protester contre la ratification du troisième mémorandum. Évidemment, pas question de grève, alors que les bureaucrates de la GSEE (seule centrale grecque, du genre CFDT) avaient fait campagne pour le Oui...

On s’est alors rendu compte que les avertissements libertaires n’étaient pas un vain grognement.

Une trop sage campagne du Non

La participation à la campagne pour le Non, et même un triomphe du Non n’étaient en rien une garantie. C’est l’organisation de classe et la lutte qui nous défendent, pas les urnes, y compris celles du référendum. Et ceci était la grande lacune de la campagne pour le Non.

La réticence de la gauche anticapitaliste à rompre avec la GSEE, ainsi que la sous-estimation du travail syndicaliste à la base, ont cantonné la campagne du Non à une dimension politicienne. Ni grèves ni ripostes directes aux chantages patronaux, à l’exception de quelques actions isolées.

L’idée fixe de la gauche anticapitaliste (en tout cas de certaines tendances droitières de la coalition d’extrême gauche Antarsya) de former un front du Non avec les dissidents de Syriza — qui ne font que répéter les illusions que leur parti a semées à partir de 2011 sur le changement de l’Union européenne et une gestion « équitable » du capitalisme — mènera à la même impasse.

Les libertaires en pointe

L’Initiative anarcho-syndicaliste Rocinante, l’organisation libertaire la plus présente depuis quelques années, a profité d’une période de maturation violente et a bénéficié d’une augmentation réelle de sa force et de son poids. Cela n’a pas été sans à-coups : dans les semaines qui ont suivi le référendum, Rocinante a subi la scission d’un groupe de puristes.

Cela ne saurait effacer les progrès réalisés par Rocinante cet été. L’organisation n’a pas été seulement présente dans la rue dans plusieurs villes de Grèce, mais a aussi mené une série d’actions contre le terrorisme patronal.

Et si notre taille est toujours loin de nous permettre d’organiser une grève, nous avons présenté un programme de lutte et de revendications de classe qui n’a pas laissé indifférente une partie radicale de la classe ouvrière. Cela donne de l’espoir pour la création du front ouvrier et syndical dont nous avons besoin. Espérons qu’avec les élections de ce mois-ci s’effondreront les dernières illusions qui nous écartent de cette perspective.

Yannis Androulidakis (Rocinante)

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Le journal Rocinante d’août 2015.

 


Maroc : la monarchie frappe l’extrême gauche

Le pouvoir de Mohammed VI sévit contre la principale organisation socialiste révolutionnaire au Maroc, la Voie démocratique. Celle-ci s’oppose avec courage à l’oligarchie qui grenouille au palais royal et subit aujourd’hui l’intimidation et la répression. Par-delà la Méditerranée : solidarité !

Les militants et les militantes de La Voie démocratique ont décidé de boycotter les élections communales et régionales organisées par le pouvoir marocain début septembre. Celles-ci se veulent un alibi démocratique, dans un royaume où la répression organisée par le Makhzen — le pouvoir marocain et ses institutions — s’exerce contre toutes celles et tous ceux qui résistent, revendiquent, s’organisent pour défendre leurs droits et leurs libertés et construire une alternative.

Militant-es politiques, syndicalistes, animateurs ou animatrices d’associations de chômeurs, femmes en lutte, défenseurs de l’autodétermination des peuples… l’État marocain réprime à tour de bras.

Le 25 août, il s’en est pris aux militants et militantes de La Voie Démocratique menant campagne pour le boycott des élections du 4 septembre.

A Rabat, 11 personnes ont été arrêtées ; A Agadir et Bouizakarne, la Police a empêché les diffusions de tracts en s’en emparant ; A Sidi Moktar, la Gendarmerie royale a convoqué des militants pour leur participation à cette campagne ; A Boujad, la famille d’un militant a reçu des menaces, pour les mêmes raisons…

Aujourd’hui, c’est le vice-secrétaire national de La Voie démocratique qui a été arrêté suite à une diffusion de tracts dans sa ville de Salé. Nous affirmons notre solidarité avec les militants et militantes de La Voie Démocratique que le pouvoir marocain prétend faire taire ! Nous exigeons la libération de tous les prisonnier-es politiques et le respect des libertés !

Alternative libertaire, le 27 août 2015

 


Scandale : Dix ans de colonie pénitentiaire pour Koltchenko !

Dix ans pour notre camarade Alexandr, vingt ans pour le cinéaste Oleg Sentsov, sous couvert de « terrorisme » ! Leur crime ? Le refus de toutes les mafias et de tous les impérialismes — y compris celui de l’État russe — qui ruinent l’Ukraine.

L’État russe vient de condamner Alexandr Koltchenko à 10 ans d’emprisonnement et Oleg Sentsov à 20 ans de la même peine. L’accusation de « terrorisme » qui a servi à couvrir cette ignoble décision d’un tribunal qui exécute les ordres du pouvoir politique russe n’a aucun fondement.

Depuis plusieurs mois, nos organisations ont lancé une campagne pour informer de la situation faite notamment à A. Koltchenko, connu en Crimée pour ses engagements antifascistes, syndicaux, anarchistes, écologistes. Nous soutenons bien entendu aussi le cinéaste O. Sentsov et toutes celles et tous ceux qui sont victimes de la répression du régime de Poutine.

Alexandr Koltchenko et Oleg Sentsov sont condamnés à des années de camps de travail parce qu’ils luttent contre l’oppression exercée par l’État russe ; tant sur le territoire russe qu’en Crimée, celle-ci est inadmissible et nous saluons celles et ceux qui résistent.

  • A. Koltchenko est étudiant et militant syndical ; il travaillait aussi comme postier, en parallèle de ses études. Il défend activement, par sa pratique, le droit de s’organiser librement, le droit de créer et faire vivre des organisations associatives, syndicales, écologistes ou politiques.
  • Il fait partie des hommes et des femmes qui luttent contre l’extrême droite, qu’elle soit ukrainienne, russe ou autre.
  • Parce qu’il lutte contre la corruption et pour l’égalité des droits entre tous et toutes, A. Koltchenko, est la cible des clans oligarchiques, en Russie, en Ukraine.
  • A. Koltchenko milite pour le droit de chaque peuple à décider de son avenir.
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A travers A. Koltchenko, ce sont les libertés démocratiques de tous et toutes que nous défendons. Notre démarche, comme celle d’A. Koltchenko, s’oppose donc à celles et ceux qui veulent restreindre ces libertés. Nous exigeons la libération d’A. Koltchenko et du cinéaste ukrainien O. Sentsov.

Pour la libération immédiate d’Alexandr Koltchenko, d’Oleg Sentsov et pour les libertés démocratiques dans tous les pays, nous appelons à amplifier la solidarité internationale afin de dénoncer leur enlèvement et leur détention par les autorités russes, exiger leur libération immédiate, et pour que le gouvernement ukrainien revendique explicitement leur libération.

Nos organisations se réuniront prochainement pour décider des nouvelles actions à mener en France, pour obtenir la libération des prisonnier-es politiques de l’État russe ; nous sommes en lien avec des mouvements de nombreux autres pays : c’est une campagne internationale que nous menons, pour la liberté de nos camarades et contre le terrorisme d’État du pouvoir politique russe.

Paris, le 25 août 2015

Organisations signataires : Ligue des Droits de l’Homme, Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, Groupe de résistance aux répressions en Russie, Ukraine Action, Russie-Libertés, CEDETIM - Initiatives Pour un Autre Monde - Assemblée Européenne des Citoyens, Action antifasciste Paris-Banlieue, Collectif Antifasciste Paris Banlieue, Mémorial 98, Union syndicale Solidaires, CNT-f, CNT-SO, Emancipation, FSU, FSU 03, CGT Correcteurs, SUD éducation, SUD-PTT, Alternative libertaire, Ensemble ! (membre du Front de gauche), L’Insurgé, NPA, Fédération Anarchiste, Critique sociale.

 

Le 19 août, le procureur de Rostov-sur-le-Don Oleg Tkachenko a requis 12 ans de camp ("colonie pénitentiaire") à l'encontre d'Alexandr Koltchenko, militant anarchiste ukrainien, et 23 ans à l'encontre d'Oleh Sent'siv (en russe Oleg Sentsov), cinéaste ukrainien, militant du Maidan.

 

DERNIERE MINUTE.

http://zona.media/online/sentsov-preniya/

Ce matin 19 août, le procureur de Rostov-sur-le-Don Oleg Tkachenko a requis 12 ans de camp ("colonie pénitentiaire") à l'encontre d'Alexandr Koltchenko, militant anarchiste ukrainien, et 23 ans à l'encontre d'Oleh Sent'siv (en russe Oleg Sentsov), cinéaste ukrainien, militant du Maidan, kidnappés par le FSB et jugés en tant que Russes (ce qu'ils ne sont pas) pour actes terroristes fascistes montés par un groupe dont Oleh Sent'siv aurait eté le chef en relation avec l'organisation ukrainienne Pravyi Sector (alors qu'ils sont les vrais adversaires du fascisme en Russie comme en Ukraine).

Le réquisitoire sur ordre du procureur maintient la fabulation grotesque selon laquelle Sentsiv aurait monté un "groupe terroriste" avec Koltchenko, les co-accusés Alexei Chirniy et Guennady Afanassiev, qui ont "avoué" et écopé de peines jugées légères de 7 années, et 4 autres individus supposés.

Ce réquisitoire a pour vraie cible les habitants de Crimée de toutes nationalités, Russes, Ukrainiens, Tatars ou autres, les antifascistes et défenseurs des droits humains dans toute la zone "eurasienne" dont l'impérialisme russe veut le contrôle, et les secteurs de la jeunesse russe, ukrainienne ou biélorusse qui, sans avenir et en révolte contre la dictature récurrente de l'Etat, se tournent vers l'anarchisme ou vers la défense sans concession de tous les droits humains, dont la liberté totale de mode de vie, d'expression et de création.

Les droits de la défense ont été bafoués.

Il est prouvé qu'Oleh Sent'siv et l'un de ses témoins ont été torturés. Oleh Sentsiv a été kidnappé en présence de sa fille, battu pendant une journée, puis torturé à plusieurs reprises, battu la tête dans un sac, ainsi que Koltchenko pendant leur séquestration à Simféropol, précédant leur envoi à Moscou, trajet en avion qu'ils ont fait menottés ; les geoliers de Sent'siv l'ont menacé de viol et ont ensuite tenté de faire passer ses échymoses pour la conséquences de pratiques sado-masochistes.

Les deux hommes se sont vu signifier que s'ils avouaient tout, leur peine serait plus légère (les 7 années d'Afanassiev et Chirniy ?). Ils n'ont rien avoué. De plus, un revirement important s'est produit pendant le procés : Guennadi Afanassiev a déclaré avoir menti sous la torture. Il a déclaré avoir été frappé, étouffé sous un masque, avoir alors reçu des injections de vomitif, et des décharges électriques dans les parties génitales. Le juge Sergei Mikhailuk a refusé de joindre ces déclarations au dossier.

Le droit à des "défenseurs civiques", reconnu par le code pénal russe, a été refusé alors que l'avocat de Koltchenko, Svetlana Sidorchenko, demandait ce statut pour le militant des droits civiques de Rostov Vladislav Ryazantsev, et que l'avocat de Sent'siv, Dmitry Dinze, le demandait pour la cousine de Sent'siv, Natalya Kochneva. N'étant pas considérés comme ukrainiens, les accusés ont vu leur demande d'audition par le consulat ukrainien refusée.

Les accusations se sont progressivement centrées, c'est-à-dire de fait réduites, à l'organisation par personnes interposées de jets de cocktail Molotov et de projet de déboulonnage d'une statue de Lénine, mais les pièces à conviction supposées sont pendant une grande partie du procés restées "secret défense" ! Classer les documents à charge secrets d'Etat et organiser un procés public sur des accusations secrétes, voila une méthode éloquente ! Il semble que finalement les pièces ont pu être consultées. Elles ne comporteraient pas grand chose d'autre que les "témoignages" des deux co-accusés initiaux qui n'ont pris "que" 7 ans et dont l'un, Afanassiev, avait téléphoné à Sent'siv alors qu'il était déjà arrêté (Sent'siv le sachant n'avait pas répondu), sans doute pour le compromettre sur ordre.

La sentence doit être annoncée le 25 août à 14h.  (13 h France)

Il est de la responsabilité des défenseurs des droits humains et des organisations syndicales d'intervenir immédiatement en exigeant la libération de Sentsov et Koltchenko.

Durant le procés l'organisation russe Memorial, dont on connaît le rôle historique pour la vérité humaine et historique et la justice dans les années 1980, a pris la défense de Sent'siv et Koltchenko en tant que prisonniers politiques.

L'académie européenne du cinéma s'est, pour la deuxième année consécutive, adressée aux autorités russes pour la libération immédiate d'Oleh Sent'siv : http://www.europeanfilmacademy.org/News-detail.155.0.html?&tx_ttnews[tt_news]=321&cHash=48169eac8847db98ac671b911b8c21ea, lettre signée entre autres par Aki Kaurismaki, Ken Loach, Volker Schlöndorff, Bertrand Tavernier, Andrzej Wajda, Wim Wenders, Andrej Zùlawski ...

http://ukrainesolidaritycampaign.org/2015/08/20/ken-loach-joins-filmmakers-demanding-putin-to-release-ukrainian-director-oleg-sentsov/

La Ligue des Droits de l'Homme par un communiqué le 6 juillet, http://www.ldh-france.org/liberte-koltchenko-sentsov-2/, Amnesty International le 6 août,  https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2015/08/russia-terror-trial/, se sont à nouveau prononcés.

Mesurons : 23 ans et 12 ans de camp.

La première défaite de l'arbitraire a pourtant eu lieu : c'est le sourire de Sent'siv et Koltchenko. Ils n'ont pas avoué, ils combattent, ils sont sûrs de leur droit. Car ils sont en droit de penser possible que la chute du régime qui prétend les juger intervienne avant l'expiration de leur peine. L'honneur du mouvement ouvrier et démocratique exige que l'action pour leur libération, maintenant, s'intensifie.

Voici, d'aprés la traduction d'un correspondant du site http://ukraine2014.canalblog.com/ diffusées sur ce site, les déclaration faite au tribunal par Alexandr Koltchenko et Oleh Sent'siv (http://ukraine2014.canalblog.com/archives/2015/08/20/32509702.html#c66819532) : 

ALEXANDR KOLTCHENKO. Je réfute l’accusation de terrorisme. Ceci est un procès fabriqué et motivé par des raisons politiques. La meilleure preuve est qu’on m’a arrêté pour avoir endommagé, en tentant d’y mettre le feu, la porte d’un local, mais cet acte de vandalisme n’a été requalifié en acte de terrorisme que 10 jours plus tard, soit le 13 mai, quand Afanassiev et Tchirny ont été obligés de témoigner dans le sens qui convenait à l’enquête. La formulation de l’acte d’accusation est en elle-même un chef d’œuvre : "A participé à une tentative d’incendie pour déstabiliser les organes du pouvoir en Crimée avec le but de faire pression sur le gouvernement russe pour qu’il accepte de désannexer la Crimée".

Dans le droit fil de cette logique, les gens qui utilisent un préservatif pourraient être accusés de vouloir la déstabilisation démographique du pays et de porter atteinte aux forces armées en empêchant la naissance de futurs soldats. De même, on pourrait traiter de crime le fait de critiquer un fonctionnaire, car cela nuirait à l’image du pays sur l’arène internationale ! On pourrait faire toute une liste de ces formulations extravagantes !

Pendant le procès, nous avons pu entendre des témoignages prouvant que Sentsov et Afanassiev avaient été torturés par des agents du FSB. Et ce sont ces gens-là qui osent nous traiter de terroristes ?

Tous ces procès qui ont lieu en Russie, en plus du nôtre et de celui de Nadejda Savtchenko, ont pour but de prolonger la vie de ce régime, alors qu’en nous jetant en prison, ce régime rapproche lui-même le moment de sa fin et ceux qui croyaient hier encore en la justice et l’ordre commencent à perdre confiance, car ils voient ce qui se passe. Demain ou après-demain, ce sont vos fameux 86% qui renverseront eux-mêmes ce régime autoritaire !

Je voudrais encore ajouter ceci : dans la lettre qu’Afanassiev a écrite depuis la prison de Rostov et dont Dmitri Dinze a fait lecture ici, on apprend qu’un agent du FSB lui avait dit  "Le jour où tu vas déposer au procès sera le jour le plus important de ta vie". Apparemment, cette phrase a frappé son cœur et  sa conscience et il l’a interprétée à sa manière. Je veux saluer le courage qu’il a fallu à Afanassiev pour prendre la décision de revenir sur le témoignage qu’on lui avait extorqué.

Je voudrais également remercier ceux qui nous soutiennent, Oleg et moi. Je suis d’accord avec les arguments de nos avocats, ils sont justes et raisonnables : pas question pour moi de demander quoi que ce soit à ce tribunal.

https://www.youtube.com/watch?v=lbyX2Cf_VxE

OLEG SENTSOV. Comme Sacha, je ne demanderai rien à ce tribunal, car c’est le tribunal des occupants et par définition il ne peut pas être juste. Je ne dis pas ça pour vous, Votre Honneur !

C’est d’autre chose que je voudrais parler. Dans Le Maître et Marguerite de Boulgakov, quand Ponce Pilate, après toute une éternité à réfléchir sur son crime, est enfin pardonné, il dit à Yeshoua Ha-Nozri : "Tu sais, tu avais raison, le plus grand péché sur terre, c’est la lâcheté." Je suis tout à fait d’accord avec cette phrase du grand écrivain russe : la lâcheté est vraiment le plus grand, le plus terrible péché qui soit et la trahison est l’une de ses manifestations.

Une grande trahison commence parfois par une petite couardise, comme ce fut le cas pour Tchirny. Un sac sur la tête, quelques coups et au bout d’une demi-heure tu es déjà prêt à renier tes convictions, à t’accuser toi-même et les autres de tout ce qu’on veut, juste pour que les coups s’arrêtent. Je ne sais pas ce que valent de telles convictions si on n’est pas prêt à souffrir ou à mourir pour elles.

Je suis très heureux que Guéna Afanassiev ait pu retrouver son honneur. Il a flanché, mais quand il a compris qu’il avait une chance de se rattraper, il l’a saisie avec un très grand courage. A mon grand étonnement. Je suis content pour lui. Je sais que ses rétractations n’auront aucun effet sur le verdict, mais c’est pour lui que je suis content : il pourra continuer à vivre la tête haute, parce qu’il n’aura pas été lâche.

On continue pourtant à le menacer, à le frapper, à faire pression sur lui, mais il a fait un pas dans la bonne direction, il ne reviendra plus en arrière. Je suis vraiment heureux pour lui.

Voilà un an que je suis dans votre magnifique pays et que je regarde votre télévision. Votre propagande fait un travail admirable. Je pense que la majorité de la population croit à ce qu’on lui raconte, que Poutine est génial, que l’Ukraine est fasciste, que la Russie est sur la bonne voie et qu’elle est entourée d’ennemis. Très beau travail de propagande. Mais je pense également qu’il y a des gens plus intelligents qui soutiennent ce régime, comme vous par exemple. Des gens qui savent pertinemment qu’il n’y a pas de fascistes en Ukraine, que la Crimée a été illégalement annexée et que l’armée russe est dans le Donbass. Même moi, dans ma cellule, je sais que votre armée y est.

Toute la prison est remplie de ces insurgés qu’on envoie se battre en Ukraine sur vos tanks et avec vos armes. Ils pensent qu’à leur retour en Russie ils seront accueillis en héros. Mais comme ils reviennent avec des armes et des munitions, ils sont arrêtés à la frontière et jetés en prison. Et eux, ils s’étonnent : "Mais pourquoi ? On est des héros, pourtant ! C’est ce qu’ils nous disaient quand ils nous ont envoyés là-bas !" Ils ne comprennent pas que ce train ne roule que dans un sens. 

J’ai rencontré ici un homme du GRU, il est là pour une autre affaire criminelle, il a participé à l’invasion de la Crimée. Avec les autres il est arrivé en bateau le 24 mars à Sévastopol pour bloquer les garnisons ukrainiennes. Et lui assiégeait précisément celle d’Evpatoria à laquelle j’apportais de l’aide et de la nourriture. C’est drôle, non ? Ensuite il a participé avec sa brigade au massacre du chaudron d’Ilovaïsk.

Je vois devant moi les troubadours de votre régime, je pense qu’eux aussi sont intelligents, ils savent la vérité, mais continuent à mentir, c’est leur boulot qui veut ça, doivent-ils sans doute penser pour se justifier. Autrement ce serait le chômage et il y a la famille à nourrir … Mais les gars, pourquoi élever une nouvelle génération d’esclaves ?

Et puis il y a une autre partie de la population qui ne croit pas à toutes les fables de votre agitprop, qui comprend ce qui se passe en Russie et dans le monde, qui sait quels crimes horribles commet votre gouvernement, mais ces gens-là ont peur. Ils pensent qu’il est impossible de changer quoi que ce soit, que ce régime est immuable, et que de toute façon ils sont trop peu nombreux, qu’on les arrêtera et qu’on les liquidera. Alors ils se font tout petits, dans leur silencieuse clandestinité.

Nous aussi en Ukraine nous avons eu un pouvoir criminel, mais on s’est révoltés. Ils ne voulaient pas nous entendre là-haut ? On tapait sur des fûts. De là-haut ils ne voulaient pas nous voir ? On enflammait des pneus. Et à la fin nous avons gagné. Tôt ou tard, cela se passera aussi chez vous. De quelle manière ? Je ne sais pas. Je ne veux pas qu’il y ait de victimes, je veux seulement que vous ne soyez plus gouvernés par des criminels.

Le juge : Vous sortez du cadre du procès. Vous devez vous limiter à ce qui concerne votre affaire.

Sentsov : De toute façon, j’avais fini, Votre Honneur !

Le juge : Je ne voulais pas vous couper la parole, seulement …

Sentsov : Oui, oui, je sais que vous ne m’avez pas coupé la parole … Bon, ce que peux souhaiter à ce tiers de la population russe qui est informée : Apprenez à ne plus avoir peur ! »

https://www.youtube.com/watch?v=Kys0YabUYVg

LETTRE OUVERTE DE LA MÈRE DE GENNADY AFANASYEV, accusé-témoin à charge qui a décidé de rejoindre le camp de la vérité [source : https://www.facebook.com/centredeslibertesciviques?fref=nf] : Je suis vraiment peinée de voir que mon fils, Gennady Afanasyev, et qu’Oleg Sentsov et Alexandre Koltchenko sont devenus des otages politiques. N’importe qui pourrait être à leur place. Chacun devrait avoir ses propres opinions politiques. Et personne ne devrait être jugé pour celles-ci. Personne ne devrait être condamné pour quelques vers disant son amour de la patrie. Ces garçons sont nés et ont grandi en Ukraine, ils ont étudié l’Histoire ukrainienne à l’école, ont été bercés par ses traditions. Nous ne devrions pas juger quelqu’un désireux d’aider un de ses semblables sans se préoccuper de sa nationalité en dispensant des cours de médecine, dont l’objectif unique est d’offrir un accès aux premiers soins à ceux qui en ont besoin. Nous ne devrions pas juger quelqu’un pour avoir cuisiné une kacha et pour l’avoir partagée avec des soldats morts de faim. J’ai moi-même cuisiné cette kacha, peu importe qu’elle ait été pour un Russe ou un Ukrainien. Nous ne devrions pas juger quelqu’un sur des aveux faits sous la torture. Je prierais pour que ça n’ait pas eu lieu. Je demande aux agents du FSB, aux gardiens de la prison où Gennady va être détenu, s’il vous plaît, ne battez pas mon fils. Vous aussi avez des enfants !

Gennady a toujours eu des opinions politiques affirmées, qu’il a développées en grandissant et en mûrissant. C’est un bon fils. Gennady est un garçon lettré, cultivé et organisé. Il ne boit pas, fume mais fait du sport. Il adore son travail et y a dédié presque tout son temps. Il a gagné lui-même l’argent qui lui a permis d’acheter du matériel hors de prix, qui a disparu après la fouille de son appartement. Il a enchaîné les petits boulots pour pouvoir s’acheter un Smartphone, un ordinateur portable, des vêtements. Il est très sociable. Quand ses amis venaient à la maison, ils jouaient à des jeux de réflexion, et jamais je n’ai entendu le moindre gros mot venant d’eux. Et désormais ces mêmes amis nous supportent énormément, Gennady et moi. Merci à eux.

Je demande désormais l’aide du président ukrainien Petro Porochenko, du président russe Vladimir Poutine, de l’Ukraine, de la Russie, de la communauté internationale. Aidez-nous à faire libérer Gennady. Aidez-nous à faire libérer Gennady Afanasyev, Oleg Sentsov et Alexandre Koltchenko.

Site Koltchenko avec pétition : http://alexandrekoltchenko.wesign.it/fr

Eléments de réflexion sur les freins politiques à l'encontre de ce juste combat en France : http://69.emancipation.fr/spip.php?article235

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Kurdistan : après Suruç, l’heure est à l’affrontement armé

 

Le massacre, à Suruç, de 31 militantes et militants révolutionnaires venus participer à la reconstruction de Kobanê sera-t-il le point de bascule vers un regain de la lutte armée au Kurdistan turc ? Deux policiers turcs complices de Daech et un responsable de Daech en Turquie ont été exécutés par des commandos liés au PKK. De son côté, le régime d’Erdogan, déjà largement ensanglanté, durcit la répression. Il est utile de rappeler que le soutien financier à la révolution au Rojava est toujours ouvert.

Pour toutes et tous les amis de la cause révolutionnaire au Moyen-Orient, le massacre de Suruç est un coup très douloureux. Dans le monde, les protestations se sont multipliées.

Rappelons que depuis l’automne 2014, le mouvement libertaire français a initié une campagne de soutien financier, dont le produit est destiné au Rojava, via les anarchistes de Turquie.

KURDISTAN SYRIEN : DES FONDS POUR LA RÉVOLUTION !

Comme le disent les camarades anarchistes de Turquie (DAF) : « Notre tristesse sera notre colère ; Kobanê sera rebâtie ». La campagne de soutien financier lancée par le mouvement libertaire français est toujours ouverte.

L’argent que vous enverrez transitera par des circuits sûrs, par l’intermédiaire des anarchistes de Turquie (DAF), en qui le PYD et les organisations kurdes ont toute confiance. Il finira par alimenter l’action des YPG-YPJ, des maisons du peuple et des communes du Rojava.

Pour contribuer, cliquez ici.

 

Témoignage d’un anarchiste américain sur place

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Un camarade de la Fédération anarchiste Black Rose (États-Unis, membre du réseau communiste libertaire Anakismo) était présent à Suruç lors de l’attaque du centre culturel Amara.

Son témoignage :

Une demi-heure après l’attentat, la ville de Suruç a été secouée une fois de plus quand une deuxième bombe a explosé à la frontière avec Kobanê. Il s’agissait d’une attaque à la voiture piégée, stoppée par le YPG, ce qui a limité les dégâts.

Le voyage à Kobanê était organisé par l’organisation marxiste-léniniste Sosyalist Gençlik Dernekleri Federasyonunun (SGDF) qui avait rassemblé des jeunes – des familles entières – de partout en Turquie et au-delà pour apporter leur soutien à la révolution sociale qui se développe au Kurdistan syrien. Jusqu’à 300 personnes se préparaient à traverser la frontière pour aider à reconstruire la ville, en apprendre davantage sur les développements politiques, et relier les luttes de la gauche turque avec le mouvement kurde.

Après l’attentat, des véhicules militaires blindés de l’État turc se sont positionnés face au Centre culturel Amara, bloquant la rue et pointant leurs armes vers les révolutionnaires blessés et traumatisés.

Les ambulances ont été si longue à arriver qu’il a fallu utiliser des voitures privées pour emmener les blessés à l’hôpital. L’armée et la police étaient sur les lieux en quelques minutes et ont formé une ligne anti-émeute avant même que les premières ambulances arrivent.

Leur vigilance ne devrait pas surprendre, car ils avaient activement harcelé les révolutionnaires arrivant en bus à Suruç ce matin là, les suivant, allant jusqu’à téléphoner aux familles des jeunes pour prévenir que leurs enfants s’en allaient rejoindre « les terroristes » au Rojava.

Texte complet en français ici.

 

Le mouvement anarchiste de Turquie endeuillé

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Deux camarades anarchistes, Alper Sapan et Evrim Deniz Erol, ont été tués dans l’attentat. Un troisième, Caner Delisu est à l’hôpital dans un état critique.

Alper Sapan, âgé de 19 ans, insoumis total au service militaire, était assez connu dans le milieu militant.

 

La tension monte à toute allure

 

A Istanbul et au Kurdistan, des manifestations de solidarité avec Suruç ont été émaillées de violences policières.

Le PKK avait annoncé la semaine dernière qu’il rompait la trêve, face à l’attitude de l’État turc qui piétinait les négociations de paix en multipliant les provocations militaires au Kurdistan.

Deux policiers ont été exécutés par un commando du PKK, ainsi qu’un responsable de l’État islamique (Daech).

A Istanbul, l’organisation maoïste DHKP-C a protégé, en armes, les funérailles d’une victime. Des heurts ont éclatés, un commissariat a été mitraillé, un autre attaqué au cocktail Molotov...

Ce matin, 24 juillet, de grandes vagues d’arrestation ont été effectuées en Turquie par la police antiterroriste. Au moins 250 personnes ont été placées en garde à vue lors de ces opérations qui ont surtout ciblé les milieux kurdes et de gauche. Une militante révolutionnaire a été tuée par la police lors d’une de ces opérations dans un quartier d’Istanbul.

(informations transmises par le Conseil démocratique kurde en France)

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Grèce : et à présent... Syriza matraque les opposant.es à l’austérité

[Appel unitaire] Nous condamnons fermement l’usage de la violence de la part du gouvernement grec contre la jeunesse et les travailleuses et travailleurs qui s’opposent dans la rue à l’austérité.


Appel

NON À LA RÉPRESSION DES MILITANT-ES ANTI-AUSTÉRITÉ. RELAXE IMMÉDIATE !

Le mercredi 15 juillet le parlement adopte un troisième mémorandum qui impose de nouvelles mesures austéritaires au peuple et aux travailleuses et travailleurs grecs.

Au même moment le principal syndicat de la fonction publique (ADEDY) exige « l’abolition du mémorandum » et « l’annulation de la dette ».

Ce soir là, 15.000 personnes manifestent contre le vote au parlement. La manifestation est dispersée violemment par la police « anti-émeute » au niveau de la place Syntagma.

Le 22 juillet 14 militant-es anti-austérité passent devant les tribunaux et risquent de la prison ferme.

Parmi ces 14 militant-es deux sont des syndicalistes, l’un éducateur et l’autre est secrétaire du syndicat des employés de librairie d’Athènes. Ils risquent 3 mois de prison ferme et 3 ans avec sursis. Ils sont accusés d’atteinte à la propriété privée, trouble à l’ordre public, insultes et tentative de violence contre les détenteurs de l’autorité.

Nous tenons à réaffirmer notre complète solidarité avec les manifestantes et manifestants qui se sont mobilisés à Athènes dans la suite du NON au référendum du 5 juillet en Grèce.

Nous exigeons au plus vite auprès des autorités grecques la relaxe immédiate des deux syndicalistes et de tous les interpellés.

Nous condamnons fermement l’usage de la violence de la part du gouvernement grec contre la jeunesse et les travailleuses et travailleurs qui s’opposent dans la rue à l’austérité.

Signataires : Antarsya France, CADTM, Attac, Effronté-e-s, Fondation Copernic, Organisation de Femmes Egalité, PCOF, Solidaires, Ensemble, NPA

 


Turquie : à Suruç, l’horreur

 

L’État islamique a fait exploser une bombe au milieu d’un groupe de jeunes militants de la gauche radicale turque, qui se préparaient à partir à Kobanê, pour participer à la reconstruction de la ville. 31 personnes ont été tuées et au moins 100 autres ont été blessées.

[Un communiqué du Congrès national du Kurdistan (KNK) ]

Le 20 juillet, vers 11h00, une grande explosion due à un attentat-suicide est survenue à la périphérie de la ville de Suruç, dans la province d’Urfa (Nord-Kurdistan, Turquie), à la frontière de Kobanê. Elle s’est produite plus précisément dans le Centre culturel d’Amara dont la cour a été transformée en un bain de sang.

Les victimes font partie d’un groupe de 330 jeunes âgés de 20 à 30 ans, tous membres de la Fédération des associations de jeunes socialistes (SGDF), venus à Suruç pour soutenir la reconstruction de Kobanê. Ils étaient venus en convoi d’Istanbul, d’Ankara, d’Izmir, d’Adana et du nord de la Turquie, avec le projet de construire à Kobanê une librairie, un parc pour enfants et un centre de santé.

Les jeunes activistes s’étaient regroupés dans le Centre culturel d’Amara pour y donner une conférence de presse afin d’annoncer qu’ils avaient officiellement été autorisés à passer la frontière. C’est à ce moment-là que l’attentat-suicide a été perpétré.

Les premiers chiffres faisaient état de la mort de 31 personnes et indiquaient qu’au moins 100 autres avaient été blessées.

Cet attentat survient le lendemain de l’anniversaire de la Révolution du Rojava qui a commencé le 19 juillet 2012 avec la mise en place par les Kurdes de l’autonomie démocratique dans les cantons de Kobanê, Afrîn et Djizirê.

Cet attentat terroriste, cette tragédie, est directement lié à la crise politique que traverse actuellement la Turquie. Il ne fait aucun doute que cet attentat a été encouragé par le soutien ouvertement apporté à Daech par différents États de la région.

La résistance kurde contre la barbarie de Daech est une lutte pour la démocratie, les droits humains et l’humanité. Soutenir les résistants du Rojava et condamner Daech et ses soutiens est un devoir politique pour la communauté internationale.

Cet attentat ne vise pas seulement le Rojava, mais aussi la solidarité avec le Rojava.

Nous demandons au gouvernement turc de faire immédiatement toute la lumière sur cet attentat.

Nous condamnons fortement cette attaque terroriste brutale et appelons la communauté internationale, l’Union européenne et le Conseil de l’Europe à prendre immédiatement des sanctions à l’encontre des États qui soutiennent Daech afin qu’ils arrêtent leur soutien à cette barbarie

Congrès national du Kurdistan (KNK)

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Le kamikaze s’est fait exploser au milieu d’un groupe de jeunes militants.
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Le jour même, des rassemblements de solidarité ont eu lieu dans diverses villes du monde.
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En soutien à Koltchenko

Ci-joint une pétition à diffuser largement.

Koltchenko pe titionKoltchenko pe tition (80.84 Ko)

 

 


 

De la continuité entre le maintien de l'ordre et la répression militaire.

Article paru le 30 Octobre 2014 sur Tant qu'il y aura de l'argent

Nous avons déjà présenté deux modèles de maintien de l’ordre, le modèle allemand basé sur l’intimidation et la pression policière et le modèle français, basé sur la délégation d’une partie du travail de police aux organisateurs de manifestations et sur une répression à posteriori. Ces dernières années, ces modèles se sont durcis de plus en plus, avec l’introduction de nouvelles armes comme les grenades offensives dont l’utilisation par les gendarmes à provoqué la mort de Rémi Fraisse à la Zad du Testet le 25 octobre 2014, mais aussi de nouvelles méthodes, inspirées de la contre insurrection militaire…

 

Un durcissement du maintien de l’ordre à l’échelle européenne

Cela a commencé avec le mouvement altermondialiste. Celui-ci a été l’occasion pour les manifestants de l’Europe entière de se rencontrer et de lutter ensemble, voire d’affronter la police. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il a aussi été l’occasion pour les différentes polices de collaborer étroitement et de mettre en place de nouvelles méthodes de maintien de l’ordre.

Ainsi, les mobilisations altermondialistes furent le prétexte à l’introduction de moyens de fichages et de quadrillages inédits, mais aussi à une collaboration à l’échelle européenne des forces de police. Ce sont des contrôles aux frontières permettant d’empêcher des militants d’accéder aux lieux de manifestation. C’est aussi le blocage de zones urbaines entières comme par exemple au contre-sommet de l’OTAN de Strasbourg où l’autoroute menant à la ville et de larges portions du centre-ville furent bloqués par la police.

Ce durcissement du maintien de l’ordre est plus global, il ne concerne pas que les contre- sommets altermondialistes. Par exemple, en Angleterre, à partir des années 1980, sous le gouvernement de Margaret Thatcher, dans un contexte de conflits sociaux exacerbés (grèves des mineurs, émeutes contre la Poll tax …), le maintien de l’ordre se durcit et va se militariser. On constate l’apparition d’unités ayant une culture du conflit et du maintien de l’ordre très dures tels que les SPG (special police groups).

En France, il est possible d’observer un durcissement similaire. Ainsi, Hacène Belmessous explique notamment dans son livre « Opération Banlieue«  qu’il y a une hybridation entre militaire et policier dans le maintien de l’ordre dans les cités et quartier populaires. Mathieu Rigouste trace de son côté dans son livre « L’ennemi intérieur«  un parallèle entre les méthodes de la guerre contre-insurrectionnelle mises en œuvre au cours des guerres de décolonisation et les récentes mutations du maintien de l’ordre dans les Zones Urbaines sensibles. Les populations sont perçues comme susceptibles d’héberger un ennemi intérieur et traitées en conséquence, selon un modèle inspiré des guerres coloniales.

 

De nouvelles armes et de nouvelles lois

En France, les lois encadrant le maintien de l’ordre a été changée pour permettre ce durcissement. C’est le sens de la refonte du Code de la Sécurité Intérieure en 2011, et surtout du décret n° 2011-794 du 30 juin 2011.

Il permet l’utilisation d’armes à feu par la police sans qu’il n’y ait de situation de légitime défense. Cela veut dire qu’il permet à la police de tirer légalement à balles réelles sur les manifestants, ce qui peut être utile à la répression dans un contexte insurrectionnel, mais n’est pas appliqué de nos jours.

Par contre, il légitime et banalise l’usage d’armes à feu dites « non létales » (c’est à dire sensée ne pas provoquer la mort)  : flashball et autre dérivés, ainsi que les grenades de désencerclement et grenades offensives (celles dont l’utilisation à provoqué le décès de Rémi Fraisse.)

L’introduction et la banalisation de ces armes de maintien de l’ordre est la conséquence de la nouvelle doctrine contre-insurrectionnelle du maintien de l’ordre. Elles sont toujours « non-létales », c’est-à-dire qu’elles ne sont pas conçues pour tuer, même si elles peuvent le faire. Par contre, elles sont beaucoup plus dévastatrices pour leurs victimes.

On peut citer le flashball, qui tire des balles en caoutchouc très puissantes, les grenades de « désencerclement », qui ont le même effet que le flashball et saturent une zone d’éclats de flashball et qui ne font vraiment pas dans la dentelle. Enfin, il y a les grenades offensives ou à effet de souffle qui assourdissent, désorientent et qui, à courte portée, peuvent causer beaucoup de dommages.

Lance grenade

Lance grenade

Du maintien de l’ordre classique à la répression de type militaire : pas de rupture, mais une continuité.

La conséquence de ces évolutions est la création d’une zone grise entre maintien de l’ordre classique et répression militaire, d’une continuité entre « non-létal » et mortel.

Le résultat direct de la mise en place de ce nouveau maintien de l’ordre a été une brutalité policière accrue. Les mutilations sont devenues plus fréquentes et on ne compte plus les yeux perdus à cause de tirs de flashball. A l’heure où nous écrivons ces lignes, c’est Rémi Fraisse qui a perdu la vie à cause d’une grenade offensive sur la ZAD du Testet.

Ces nouvelles lois sont la matérialisation d’une militarisation du maintien de l’ordre ou plutôt d’une hybridation entre policier et militaire. Par ailleurs, l’armée est aussi formée au contrôle des foules, ce qui lui permet de faire du maintien de l’ordre à l’étranger (par exemple au Kosovo). Cela leur permet aussi de pouvoir intervenir en France comme le permet la loi, depuis le Décret 2007-586 du 24 avril 2007, ce qui fait froid dans le dos…

« En dernier ressort, elles peuvent être requises pour des opérations de force nécessitant des mesures de sûreté exceptionnelles »

Ce durcissement a plusieurs conséquences. La première est à notre désavantage : la répression est beaucoup plus dure. Le fait de risquer de perdre un œil, voire la vie en allant manifester peut en décourager plus d’un ou une, ce qui est très compréhensible.

D’un autre côté, une des tactiques du pouvoir a été de diviser manifestants violents et non-violents. C’est beaucoup plus difficile à faire lorsque n’importe quel manifestant peut perdre un œil. De plus vis-à-vis de l’opinion publique, il est beaucoup plus difficile de délégitimer des « casseurs » qui jettent des pierres qui ne blessent pas les CRS, lorsque « les casseurs » repartent avec des blessés et des morts dans leurs rangs.

Enfin, une brutalité policière accrue risque d’avoir un effet inverse : elle peut pousser des personnes qui, au départ n’auraient pas fait le choix de la violence à rejoindre les rangs de ceux qui résistent de manière plus dure.

En tous cas, la balle est dans notre camp.

 

Source : http://www.tantquil.net/2014/10/30/de-la-continuite-entre-le-maintien-de-lordre-et-la-repression-militaire/

 


Nouvelle évacuation de migrant.es à Paris !


 

On prend les mêmes et on recommence : ce 9 juillet au matin, le campement des migrant-es qui s’était établi sur l’esplanade Nathalie-Sarraute, dans le 18e arrondissement, a de nouveau été vidé de ses occupant-es par les pouvoirs publics avec la complicité de l’OFPRA, d’Emmaüs, d’élu-es municipaux et de militant-es du Front de gauche.

Les matelas et la cantine collective des migrant-es faisaient sans doute mauvais genre à côté du bar branché qui, lui, a toutes les autorisations qu’il faut pour couvrir l’espace public de tables et de chaises...

La stratégie a été exactement la même que pour l’évacuation du campement des Jardins d’Eole : l’OFPRA et Emmaüs ont assuré la promotion des hébergements d’urgence tandis que les militant-es du Front de gauche accompagnaient les migrant-es jusqu’aux cars qui les dispersaient dans des centres d’hébergement éparpillés.

À l’occasion de cette évacuation (ou « mise à l’abri » dans le langage officiel), un nouveau cap a été franchi en matière d’indécence : parmi les hébergements présentés comme pérennes aux migrant-es, un centre n’est disponible que pour une nuit tandis qu’un autre refuse que les nouveaux occupants quittent les lieux durant la première journée...

Il serait tout à fait possible de proposer de vraies solutions

Autant dire que tout est fait pour décourager les migrant-es de faire avancer leur revendication d’un hébergement collectif et pérenne. Et pourtant, malgré tout ce que dit la mairie, il serait tout à fait possible de proposer de vraies solutions : la Ville de Paris et l’État possèdent largement assez de biens immobiliers vacants pour accueillir toutes ces personnes dans de bonnes conditions.

Mais, refusant d’affronter les problèmes en face et privilégiant la communication, la mairie et l’État n’apportent aucune aide concrète à des migrant-es qui fuient la guerre et la misère.

La seule solution au drame des migrant-es, c’est de rétablir la liberté de circulation et d’installation !

Une manifestation de solidarité partira aujourd’hui de la place de la République à 18h30.

Benjamin (AL Paris nord-est)

 
 

 


Pour Alexandr Koltchenko, les 27 et 30 juin à Paris, le 1er juillet à Orléans + autres dates


 

« La situation d’Alexandr Koltchenko est emblématique de la répression exercée dans cette région du monde. Mais son cas est loin d’être le seul. A travers Koltchenko, ce sont les libertés démocratiques de tous et toutes que nous défendons. »

Depuis plusieurs années, Alexandr Koltchenko est connu en Crimée pour ses engagements antifascistes, syndicaux, anarchistes, écologistes.

Ayant diffusé un film sur l’assassinat de la journaliste indépendante criméenne Anastasia Baburova à Moscou en 2009, il avait déjà été attaqué au couteau par une bande fasciste. Il a poursuivi ses activités militantes en faveur des droits humains et a ainsi participé, dans le camp clairement antifasciste, aux manifestations de la Place Maïdan qui ont abouti à chasser le président ukrainien Ianoukovytch, dont le clan pillait les richesses et exploitait la population de ce pays.

Lors de l’intervention militaire russe en Crimée, Alexandr Koltchenko a organisé des manifestations pacifiques de protestation contre l’occupation militaire, qui a faussé le référendum, aux côtés de citoyennes et citoyens tatars, ukrainiens ou russes.

Quelques jours avant une de ces manifestations, la police politique russe (FSB) a enlevé plusieurs des organisateurs de ces résistances populaires ; ce fut le cas d’Alexandr Koltchenko, le 16 mai 2014.

Avec trois autres personnes ainsi kidnappées, il a été accusé notamment d’« organisation d’un groupe terroriste lié à l’extrême droite ukrainienne ». S’ensuit une litanie d’accusations délirantes : Koltchenko est accusé d’avoir planifié des explosions près de la statue de Lénine à Simféropol les 8 et 9 mai, saboté des voies ferrées et des lignes électriques, tenté d’incendier les locaux de l’Unité Russe et de la Communauté russe de Crimée le 14 avril, et ceux de Russie Unie le 18 avril !

Alexandr Koltchenko est un antifasciste que la police politique tente de faire passer pour un fasciste.

Alexandr Koltchenko est un homme qui se considère comme citoyen ukrainien et que la police politique russe veut juger en tant que russe. Il est enfermé dans des conditions draconiennes, ses avocats sont privés des droits élémentaires d’une défense digne de ce nom, et il est sous la menace de 15 à 20 ans de camp de travail.

La situation d’Alexandr Koltchenko est emblématique de la répression exercée dans cette région du monde. Mais son cas est loin d’être le seul. A travers Koltchenko, ce sont les libertés démocratiques de tous et toutes que nous défendons. Notre démarche, comme celle de Koltchenko, s’oppose donc à celles et ceux qui veulent restreindre ces libertés. Nous exigeons également la libération du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, détenu sous les mêmes accusations et risquant une peine semblable.


Voir l’appel des organisations et des personnalités


Le collectif de soutien à Alexandr Koltchenko organise une projection-débat « Où vont la Russie et l’Ukraine aujourd’hui ? Quelle solidarité avec les prisonnier-e-s politiques progressistes et antifascistes ? »

PARIS
SAMEDI 27 JUIN, 18 heures
33, rue des Vignoles, 75020 Paris,
Métro : Buzenval


Pour la libération immédiate de Koltchenko, d’Oleg Sentsov et pour les libertés démocratiques dans tous les pays, nos organisations associatives, syndicales et politiques appellent à des rassemblements :

PARIS (75)
MARDI 30 JUIN, 18 heures
devant l’ambassade de Russie
(40-50, bd Lannes, métro Porte-Dauphine)

 

MOULINS (03)
MARDI 30 JUIN, 18 heures,
dans les locaux du journal La Montagne,
conférence de presse organisée par FSU, LDH, Solidaires, OCL et AL

 

MARSEILLE (13)
MARDI 30 JUIN, 17h30
sur le Vieux-Port

 

ORLÉANS (45)
MERCREDI 1er JUILLET, 17h30
place du Martroi

 


Nos organisations appellent également à amplifier la solidarité internationale afin de dénoncer leur enlèvement et leur détention par les autorités russes (qui comptent les juger début juillet), exiger leur libération immédiate, et pour que le gouvernement ukrainien revendique explicitement leur libération.

Nous poursuivons la souscription pour financer les frais de justice et aider ses comités de soutien à populariser la campagne de solidarité en Russie et en Ukraine. Les règlements sont à adresser à Solidaires (à l’ordre de Solidaires, avec au dos du chèque Koltchenko), 144, bd de la Villette, 75019 Paris.

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Organisations signataires : Ligue des Droits de l’Homme, Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, Groupe de résistance aux répressions en Russie, Ukraine Action, Association des Étudiants Ukrainiens en France, Russie-Libertés, CEDETIM - Initiatives Pour un Autre Monde - Assemblée Européenne des Citoyens, Cosmopolitan Project Foundation, Action antifasciste Paris-Banlieue, Collectif Antifasciste Paris Banlieue, Mémorial 98, Union syndicale Solidaires, CNT-f, CNT-SO, Émancipation, FSU, FSU 03, CGT Correcteurs, SUD édu- cation, Alternative Libertaire, Ensemble ! (membre du Front de gauche), L’Insurgé, NPA, Fédération Anarchiste, Critique sociale.

 


Face aux réfugié-es, le gouvernement confond humanitaire et sécuritaire

« Certes, des bus avaient été affrétés pour permettre le déplacement des réfugié.es, mais des dizaines camions de CRS étaient également sur place... au cas où. Le choix laissé aux réfugié.es était donc simple : soit ils acceptaient les hébergements proposés par la mairie, soit ils étaient chassés manu militari de leur campement. »

La mairie de Paris et le ministère de l’Intérieur se flattent, dans un communiqué diffusé vendredi 19 juin, d’une « opération humanitaire [qui] s’est déroulée dans d’excellentes conditions » aux Jardins d’Éole, dans le 18e arrondissement de Paris, où s’étaient installés depuis quelques jours les réfugié.es qui avaient été expulsé-es du pont de la Chapelle le mardi 2 juin.

Ce qu’ils oublient de préciser, c’est que cette évacuation, docilement accompagnée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides Ofrpa) ainsi que par les associations France Terre d’asile et Emmaüs (qui n’ont même pas pris la peine d’en avertir les autres associations investies dans le soutien aux migrantes et aux migrants...), a été réalisée sous la pression policière.

Certes, des bus avaient été affrétés pour permettre le déplacement des réfugié.es, mais des dizaines camions de CRS étaient également sur place... au cas où. Le choix laissé aux réfugié.es était donc simple : soit ils acceptaient les hébergements proposés par la mairie, soit ils étaient chassés manu militari de leur campement.

Dans ces conditions, les pouvoirs publics ont beau jeu de prétendre que les migrants « ont accepté les propositions de relogement dans 6 lieux d’hébergement à Paris et en région parisienne ».

Ces hébergements sont bien connus, il s’agit de centres d’hébergement d’urgence dédiés au SDF et permettant un contrôle individuel des réfugié.es qui, subissant le double chantage de l’hébergement et du droit d’asile, n’ont d’autre choix que de renoncer à toute lutte collective.

Les migrantes et les migrants qui n’ont pas été déplacés ont quant à eux tenté de s’installer dans un gymnase que personne n’occupe la nuit, mais de nombreuses forces de police ont aussitôt été déployées pour mettre fin avec violence à cette occupation. Il s’agit là d’un choix politique clair car le prétexte de l’insalubrité ne peut cette fois pas être invoqué.

Sans vergogne, Bernard Cazeneuve et Anne Hidalgo osent enfin prétendre que « les pouvoirs publics sont résolument engagés dans la mise à l’abri de ceux qui ont été jetés sur les routes de l’exode par les persécutions dont ils sont victimes ».

Ce qu’ils omettent là encore de rappeler, c’est que les hébergements proposés aujourd’hui n’ont été concédés et imposés qu’après deux semaines de traque et de lutte, pendant lesquelles les réfugié.es ont été successivement évacué.es, frappé.es, gazé.es, déplacé.es, expulsé.es, repoussé.es, encerclé.es ou tout simplement ignoré.es.

Dans le même temps, les migrantes et les migrants qui tentent de passer la frontière franco-italienne sont systématiquement refoulés par nos responsables politiques qui, tétanisés par l’extrême droite, refusent d’accueillir sur le sol français des réfugié.es qui fuient la guerre et la misère. Par crainte de paraître trop humain et d’essuyer les critiques nauséabondes du Front national, un gouvernement prétendument socialiste préfère déployer sa police dès que se profile l’ombre d’un réfugié.

Face à cette indécente hypocrisie, Alternative libertaire défend plus que jamais l’ouverture des frontières et la liberté de circulation et d’installation des migrantes et des migrants.

Alternative libertaire, le 19 juin 2015

 


Non, l’Etat-maton n’aura pas notre ADN

Pour la 3e fois, Rody, militant d’Alternative libertaire actif dans l’opposition au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, passe en procès pour refus de prélèvement ADN.

Actuellement, 30.000 personnes par mois sont inscrites au fichier des empreintes génétiques (Fnaeg), plus de deux millions de personnes ont fait l’objet d’un prélèvement ADN lors de leur garde à vue ou de leur détention. Un nombre toujours croissant de personnes disent non à cette logique de contrôle.

Dans le cadre de la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Rody a été arrêté suite à des actions collectives. A ceux et celles qui lui réclamaient son ADN, il a toujours répondu : « mes gènes m’appartiennent ». Malgré la menace d’être condamné à un an de prison ferme et à 15.000 euros d’amende, il s’est opposé avec détermination à ce chantage organisé par l’État.

En effet, le législateur a prévu que se soustraire au prélèvement biologique est un délit continu, un délit perpétuel. Rien, à part une relaxe ou une grâce ne peut nous extraire de ce cercle vicieux.

Condamné déjà à des peines de prison avec sursis allant de un à deux mois, Rody vient de dire non au procureur pour la troisième fois pour la même affaire. Il est donc convoqué ce mercredi 10 juin 2015 pour nouveau procès... ou il risque de la prison ferme.

L’État fait de lui un multirécidiviste et cherche à le faire craquer et à épuiser tout mouvement de soutien. Face à cet appareil judiciaire bien huilé, on ne peut espérer enrayer la machine que par des refus massifs et généralisés.

Face au harcèlement de la justice, il ne pliera pas. Il nous invite à venir le soutenir à son procès et par la même à dire notre refus du fichage ADN.

Rendez-vous le 10 juin à 13h devant le Tribunal de Grande Instance de Nantes.

Contre l’aéroport et son monde, ensemble, continuons la lutte sur tous les fronts !

Alternative libertaire Nantes

 


La Tunisie révolutionnaire, à Paris le 11 juin

Alternative libertaire invite Mohamed Amami à présenter son livre, Tunisie : la révolution face à la mondialisations des fondamentalismes contemporains.

Le 11 juin à 20 heures,
au 92, rue d’Aubervilliers, Paris 19e
métro Stalingrad ou Riquet

Le processus révolutionnaire déclenché en Tunisie (2010-2011), et propagé dans toute la région arabe s’est heurté aux manœuvres de puissants adversaires : primo, le fondamentalisme islamique obscurantiste ; secundo, le fondamentalisme néolibéral usurpateur et colonialiste ; tertio, le fondamentalisme d’une gauche nationaliste centralisatrice.

La dynamique populaire a été court-circuitée, et remplacée par un soi-disant « processus démocratique » qui limite les tâches révolutionnaires et conduit à une restauration de l’ancien régime.

Le courage des jeunes révoltés, des citoyens des régions et des secteurs populaires marginalisés n’a pas suffi à démanteler les vieilles structures et à émanciper le peuple du joug de l’État et du système capitaliste.

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L’absence d’une stratégie révolutionnaire réfléchie, d’un programme d’action déterminé et d’une capacité organisationnelle efficace en est la cause principale.

Néanmoins elle a ouvert des débats et conduit à une remise en cause des stéréotypes du XXe siècle liés au modèle soviétique, principale entrave au développement d’autres horizons révolutionnaires.

Ce livre souhaite contribuer à ce débat, pour dépasser l’ère de la stagnation et du désarroi. Il essaie de capter les inventions populaires inédites pour penser le processus révolutionnaire du XXIe siècle.

  • Mohamed Amami, Tunisie, la révolution face à la mondialisation des fondamentalismes contemporains, Éditions franco-berbères, 2015, 160 pages, 12 euros.

 


Russie/Ukraine : Solidarité internationale pour Alexandr Koltchenko

Url

 

Le 9 avril dernier, les juges de Moscou ont décidé de prolonger jusqu’au 16 mai la détention d’Alexandr Koltchenko, postier et connu comme militant anarchiste, antifasciste, écologiste, mais aussi syndicaliste étudiant ukrainien.

Le 16 mai cela fera un an jour pour jour qu’Alexandr est détenu par le FSB (ex-KGB), autrement dit les services secrets russes. Il a été arrêté à Simféropol en Crimée parce que son action contre la mainmise de la Russie en Crimée agaçait les autorités russes. Il est actuellement détenu à la prison de ­Léfortovo.

Accusations délirantes

Lors de l’audience du 9 avril, les juges russes ont maintenu leurs accusations délirantes de participation à des actions terroristes en Crimée contre les locaux de Russie unie, le parti de Poutine et contre des bâtiments officiels et autre comme la statue de Lénine à Simféropol pour le compte de l’organisation d’extrême droite ukrainienne Pravy sektor (Secteur droite). Ne manquant pas d’imagination, le pouvoir russe qui met en scène cette parodie de justice accuse le prétendu groupe terroriste dont Alexandr serait un des principaux inspirateur et activiste, ­d’avoir préparé des attentats contre diverses infrastructures (pont de chemins de fer, lignes électriques).

Les autorités russes accusent Alexandr de s’être associé entre autres avec le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov pour réaliser ses forfaits prétendument destinés à déstabiliser les nouvelles autorités de Crimée afin que la République de Crimée quitte la Fédération de Russie.

Ces accusations mensongères, diffamatoires et relevant de la logorrhée complotiste, Alexandr les réfute bien sûr en bloc comme celle de faire partie d’un parti clandestin antirusse en Crimée. « Il n’est pas un terroriste et je ne suis pas la mère d’un terroriste », a déclaré lors de cette audience Larissa Koltchenko, la mère ­d’Alexandr.

Ce qui est visé, c’est en fait son engagement politique comme son opposition à la construction d’un nouveau terminal de transport sur la mer Noire, sa participation à des rassemblements antinazis, aux luttes contre l’augmentation du coût des études dénoncée par son syndicat étudiant ou encore son soutien aux grèves ouvrières.

L’avocate et les soutiens ­d’Alexandr ont rappelé qu’il est et se revendique citoyen ukrainien afin de mettre en lumière le caractère arbitraire de son arrestation et de sa détention.

Ainsi en février dernier le service national des migrations de l’Ukraine a confirmé sa citoyenneté ukrainienne et le 27 mars a déposé une plainte pour enlèvement du citoyen ukrainien ­Koltchenko.

Plainte à la CEDH

Il en a été de même pour Oleg Sentsov. Mais cela ne doit pas cacher le fait que les autorités ukraniennes ne font rien pour obtenir sa libération. Enfin ­l’avocate d’Alexandr, Svetlana Sidorkina, a déclaré que son client a envoyé une plainte à la Cour européenne des droits de l’homme contre l’attribution forcée qui lui a été faite de la citoyenneté russe.

Durant l’audience, Alexandr ne s’est pas plaint. Il est resté laconique. Il a évoqué ses lectures en prison. Il regrette que ses relations avec la Russie aient commencé avec la prison. Dans une de ses lettre, il parle de Léon Tolstoï et dit que ce dernier, s’il vivait actuellement, serait incarcéré en vertu de l’article 280.1 du Code criminel pour « appels publics à l’action visant à violer l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie ».

Début avril s’est tenue une semaine d’action internationale pour la libération d’Alexandr Koltchenko avec des rassemblements organisés à Kiev, Minsk, Berlin, Brême, en Tunisie, à Biarritz, Paris, Strasbourg et ­Marseille devant les représentations russes mais aussi ukrainennes pour qu’elles exigent sa libération.

Les juges annonceront d’ici le 16 mai (a priori début mai) la date du procès d’Alexandr qui pourrait se tenir pendant l’été...

Le 1er Mai peut et doit être un temps fort pour faire connaître aux travailleurs, aux travailleuses et à leurs organisations cette affaire à l’échelle internationale.

Il faut donc intensifier la mobilisation pour Alexandr, mais aussi l’élargir aux progressistes qui se battent contre la tyrannie en Russie sans oublier celles et ceux qui sont victimes de l’arbitraire du nouveau pouvoir ukrainien dans un contexte marqué par la guerre et un ­cessez-le-feu précaire dans le ­Donbass.

Laurent Esquerre

 


Cajoler les riches, matraquer les pauvres

 

En imposant toujours plus d’austérité, le gouvernement PS court le risque d’une explosion sociale. Avec la loi sur le Renseignement, il cherche à nous faire taire. Nous ne cèderons pas à la peur !

Le gouvernement ouvre la chasse aux fraudeurs et fraudeuses : il sera sans pitié contre les chômeurs, chômeuses et les bénéficiaires de la CMU !

Le projet qui doit « aider les chômeurs à ne pas se décourager » va jusqu’à donner pouvoir à l’administration de mettre le nez dans votre compte bancaire.

Un gouvernement qui traque les plus faibles

Les riches français « expatriés » en Suisse et en Belgique en rigolent encore ! Entreprises, patrons, sportifs et stars, actionnaires et autres héritiers planquent légalement les bénéfices de notre travail dans les paradis fiscaux et pratiquent « l’optimisation fiscale » pour échapper aux impôts. Ce sont eux les vrais fraudeurs !

Dans le même temps, avec la loi Macron, la loi Rebsamen sur le « dialogue social » et les négociations sur les retraites complémentaires, le gouvernement ruine les éléments positifs du droit du travail et affaiblit les moyens d’action du syndicalisme et prépare, y compris pour celles et ceux qui travailleront le dimanche comme une journée banale, une retraite pleine à… 67 ans !

Un gouvernement au service de la loi des patrons

Les patrons pavoisent et en réclament toujours plus ! Mais le gouvernement PS s’inquiète. A trop pressurer les pauvres, ces « gueux » pourraient bien finir par se révolter massivement. Alors le PS tape sur celles et ceux qui bougent pour faire peur à tous ceux qui pourraient bientôt prendre le chemin de la guerre sociale : sa police assassine dans les quartiers populaires ou au barrage de Sivens (Rémi Fraisse), il traîne en justice les paysans qui protestent contre la ferme des 1000 vaches, il emprisonne des manifestant-es, il laisse licencier des syndicalistes trop remuant-es, il matraque les sans-logis, les sans-papiers ou les Rroms des bidonvilles, il laisse fermer les bourses du travail où les syndicats tiennent leurs permanences…

Et pour être bien clair, il fait relaxer les policiers qui avaient laissé Zyed et Bouna mourir électrocutés il y a 10 ans.

Un gouvernement qui réprime la contestation

Avec la loi sur le Renseignement qui va être votée en juin, il se donne les moyens policiers pour surveiller tout le monde légalement sans même l’avis d’un juge !

Il pourra mettre sur écoute : les ordinateurs, les téléphones, les véhicules, les domiciles de quiconque « met en péril » l’économie française, les entreprises françaises, la sécurité nationale et la paix sociale. Bref tout militant ou toute militante syndicaliste, antiraciste, écologiste… dont les pratiques seraient jugées trop « radicales ».

Nous refusons l’austérité, l’aggravation des inégalités et la crise écologique majeure qui frappe. Nous refusons la société capitaliste, où la réussite d’un seul se fait sur le dos de tous les autres.

Parce qu’il est juste de combattre ce qui est injuste, nous resterons mobilisé-es contre le racisme et le sexisme. Brisons la peur et brisons nos chaînes !

 


Débat anarchisme et marxisme, l’enregistrement


 

Avec la participation d’Olivier Besancenot (groupe Pour l’émancipation), Philippe Corcuff (ETAPE), Michael Löwy (groupe Pour l’émancipation) et Laurent Esquerre (Alternative libertaire).

« repenser l’émancipation au XXIe siècle, entre ressources anarchistes et marxistes »

En partant du livre d’Olivier Besancenot et Michael Löwy : Affinités révolutionnaires. Nos étoiles rouges et noires. Pour une solidarité entre marxistes et libertaires (Paris, Mille et une nuits, 2014)

Ce débat public était organisé par Alternative libertaire, le séminaire ETAPE (Explorations théoriques anarchistes pragmatistes pour l’émancipation) et le groupe Pour l’émancipation.

L’enregistrement du débat est écoutable ici.

C’était le vendredi 17 avril 2015, 18h-20h30
au Lieu-dit, 6, rue Sorbier, Paris 20e,
métro Ménilmontant ou Gambetta

 

 


L’égalité femmes-hommes, c’est partout, tout le temps


 

La réalité du travail des femmes aujourd’hui en France c’est :

  • 1 femme sur 3 travaille à temps partiel, la plupart du temps évidemment non choisi
  • plus elles ont d’enfants, moins les femmes travaillent
  • le salaire moyen des femmes est inférieur de 25% à celui des hommes.
  • les femmes représentent plus de 80% des employé.es de commerce, des employé.es de maison, des aides à domicile et aides ménagères, des secrétaires...

Qu’ont en commun les travaux mal payés qui occupent la majorité des femmes ? ils font appel à des savoir-faire que les préjugés sexistes considèrent comme « féminins ». en effet, d’après les discours sexistes, les femmes prennent naturellement plus soin des autres (parce qu’elles élèvent les enfants et soignent les vieux parents), aiment naturellement la propreté et les tâches ménagères et sont naturellement capables de faire plusieurs choses à la choix.

L’exploitation des femmes commence à la cuisine

Mais ce n’est pas parce que les femmes passent en moyenne 3h par jour aux tâches domestiques qu’elles aiment ça. et si les femmes doivent bien souvent gérer les devoirs des enfants tout en faisant la cuisine c’est avant tout parce que les hommes leur laissent tout faire.

Pour une famille avec 3 enfants dont 1 enfant de moins de 3 ans, les femmes passent ainsi en moyenne 7h14 à faire des tâches ménagères (y compris le bricolage) contre 3h26 pour les hommes. et ces inégalités n’ont rien de naturel !

Pourquoi les emplois « féminins » sont-ils mal payés ?

Parce que ces boulots considérés comme « féminins » et faisant appel à des savoir-faire considérés comme « naturels » sont complètement dévalorisés par rapport aux boulots prestigieux des hommes qui ont fait des études. Mais aussi parce que, dans les mentalités marquées par le patriarcat, le salaire des femmes est toujours vu comme un salaire d’appoint, tandis que le salaire principal reste le salaire de l’homme.

Face à cela, des femmes salariées luttent pour se faire entendre :

  • à l’université Paris-VIII, après 11 semaines de grève, les personnels de catégorie C (les personnes qui sont en bas de l’échelle, et parmi lesquels on trouve majoritairement des femmes) ont obtenu une augmentation de 70 € brut ;
  • sur plusieurs sites des Finances publiques, des travailleuses et des travailleurs du nettoyage employé-es par la société tFN (majoritairement des femmes) sont encore aujourd’hui en grève pour améliorer leurs conditions de travail scandaleuses ;
  • en avril, les employé-es du nettoyage de la Bibliothèque Nationale de France ont obtenu 3 CDi supplémentaires et des heures complémentaires après 11 jours de grève. D’autres femmes ne peuvent pas s’organiser pour lutter puisqu’elles n’ont pas de lieu ou se retrouver à plusieurs. C’est le cas des aides à domicile, à temps partiel, aux horaires morcelés et dont les déplacements ne sont pas pris en charge.

Lutter pour l’égalité

De toute manière, si les femmes veulent plus que de modestes victoires après de longues luttes, il faut continuer à se battre pour l’égalité des revenus et des statuts ainsi que pour le partage équitable des tâches domestiques. et pour le développement d’un véritable service public gratuit de la petite enfance afin d’éviter que les femmes soient obligées de rester à la maison pour s’occuper des enfants.

Ce combat contre le sexisme et contre le patriarcat doit être mené sans relâche à l’école, dans les entreprises et dans les luttes syndicales ou politiques.

 


Contre tous les racismes, justice pour Clément Méric, le 6 juin à Paris


 

Deux ans après la mort de Clément assassiné par des fascistes : Combattons l’extrême droite !

Le 5 juin 2013 Clément Méric, syndicaliste étudiant et militant antifasciste, était tué par des militants du groupuscule d’extrême droite Troisième Voie. Son assassinat s’inscrit dans une longue suite d’agressions de l’extrême droite contre des personnes en raison de leur orientation sexuelle, de leur origine ou de leur religion supposées, ou encore de leurs opinions politiques.

Les actes homophobes et transphobes ont augmenté ces dernières années, tout comme la remise en cause des droits des femmes.

L’exclusion, le rejet de l’autre, la fermeture des frontières, la désignation des immigré-e-s, des musulman-e-s, des juif-ve-s ou des Rroms comme boucs émissaires sont des attitudes qui conduisent au pire.

Le gouvernement entretient un climat délétère en organisant des expulsions massives qui participent à la stigmatisation des immigré-e-s, en quadrillant les quartiers populaires et en adoptant des lois racistes qui visent spécifiquement certaines catégories de la population.

À cela nous opposons notre volonté de vivre ensemble et notre exigence d’égalité des droits et de justice sociale.

Rendez-vous samedi 6 juin,
à 14 heures,
place de la Bastille

20 ans après l’assassinat de Brahim Bouarram en marge d’un défilé du Front National, 20 ans après l’assassinat d’Ibrahim Ali par des colleurs d’affiches du Front National, le fascisme continue de tuer et reste un danger dans la rue comme dans les urnes.

Nous défilerons en mémoire de Clément et de toutes les victimes du racisme ou des agressions fascistes.

Contre tous les racismes et le fascisme : égalité et justice sociale !

 
 

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